Mourir au bout de ses croyances

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« Malgré tout ce nous pouvons penser de l'endoctrinement des religions et des sectes, le refus de ces patientes était, au sens des tribunaux, libre et éclairé », écrit Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

La mort de deux témoins de Jéhovah ayant refusé une transfusion sanguine à la suite de leur accouchement est profondément choquante, mais nous ne pouvons pas y faire grand-chose sans sacrifier nos propres valeurs de libertés individuelles.

Éloïse Dupuis était âgée de 27 ans, Mirlande Cadet, de 46 ans. La première venait de donner naissance à son premier enfant, la seconde en avait déjà six. Elles sont mortes à moins de deux semaines d'intervalle en octobre 2016. Elles ont eu d'importantes complications à l'accouchement, mais le déroulement aurait été nettement moins dramatique si elles n'avaient pas refusé les transfusions, montrent les rapports publiés hier par le coroner Luc Malouin.

Il y a quelques décennies à peine, c'est le manque d'argent qui privait les patients des soins de santé les plus élémentaires. Aujourd'hui, ce sont leurs convictions personnelles. On revient de loin, mais on n'avance pas tous dans la même direction.

Les hôpitaux St Mary's et Hôtel-Dieu-de-Lévis n'ont donc pas pu faire tout ce qui était médicalement requis dans les circonstances. Ils ont dû se contenter de ce qui était légalement possible.

Dans le cas de Mme Cadet, les soignants ont dû attendre environ six heures avant de pouvoir effectuer une transfusion, le temps que le mari, qui était son mandataire, accepte d'aller contre la volonté de la patiente. Malgré la grande quantité de produits sanguins utilisés, son état s'est dégradé et elle est morte le lendemain. L'impact de ce délai n'a pas pu être déterminé avec certitude. Ce qui est évident, par contre, c'est que la procédure optimale n'a pas pu être appliquée.

Le cas de Mme Dupuis est encore plus criant. Recevoir des produits sanguins étant le seul traitement possible pour éviter le décès, elle est morte au bout de six jours. En dépit des interventions répétées du personnel soignant, la patiente a maintenu son refus en des termes on ne peut plus clairs. Son conjoint, qui était son mandataire, a pris le relais avec ses parents lorsqu'elle s'est retrouvée dans un état semi-comateux.

Malgré tout ce nous pouvons penser de l'endoctrinement des religions et des sectes, le refus de ces patientes était, au sens des tribunaux, libre et éclairé, démontre le coroner dans son rapport.

Atterrant ? Révoltant, même. Et encore, aucun mot n'est assez fort pour qualifier ces gâchis.

Il faut cependant se rappeler que le refus de traitement et la liberté de religion n'arrivent pas de nulle part - ils découlent du principe de liberté individuelle auquel nous sommes farouchement attachés. Et que brimer ces droits lorsqu'ils ne font pas notre affaire ouvrirait inévitablement la porte à d'autres restrictions qui nous seraient encore plus insupportables.




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