En attendant le vrai budget

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Le ministre des Finances Bill Morneau dit vouloir continuer à investir dans la classe moyenne, faisant le pari que l'argent ainsi retourné dans les poches des contribuables va recirculer dans l'économie.

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Des adoucissements pour les petits contribuables et entrepreneurs, et une petite fille déjà citée : le ministre fédéral des Finances a misé sur des valeurs sûres dans la présentation de son énoncé économique de mardi. Tout cela est bien intentionné, mais à force de ressasser le même discours, Bill Morneau risque d'en émousser la portée.

«Nous redoublons d'efforts pour appliquer cette stratégie - parce qu'elle fonctionne», a déclaré le ministre Morneau mardi.

L'énoncé économique a été dévoilé, comme d'habitude, après la fermeture des marchés, mais c'était plus symbolique qu'autre chose, car les mesures susceptibles de faire bouger le curseur avaient été largement éventées.

La réduction du taux d'imposition des petites entreprises avait été annoncée par le premier ministre le 16 octobre. Et l'indexation anticipée de l'Allocation canadienne pour enfants avait filtré dans les jours précédents.

Restait la Prestation fiscale pour le revenu de travail, qui permet aux travailleurs à faible revenu de garder une plus grande partie de leur chèque de paie dans leurs poches, mais la bonification annoncée n'entrera pas en vigueur avant 2019, et seulement après qu'on aura consulté les provinces.

En fait, la plupart des mesures annoncées mardi auraient pu attendre au prochain budget, puisqu'elles s'appliqueront seulement après celui-ci.

Cependant, avec la controverse suscitée par la réforme fiscale du ministre Morneau, et ses actifs qui n'avaient pas été placés dans une fiducie sans droit de regard, ce gouvernement avait intérêt à rappeler sa sensibilité pour «la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie».

Comme il l'avait fait dans son discours du budget, M. Morneau a voulu incarner son propos, en parlant cette fois d'une jeune fille pleine d'espoir qui, en campagne électorale, lui avait glissé une liste des noms de tous les membres de sa famille en attente d'un logement abordable. Le ministre des Finances commence-t-il à manquer de cas émouvants? Cette anecdote figure depuis près de six mois sur sa page Facebook - il l'avait racontée dans une réunion de diplômés de l'INSEAD à Montréal, en avril dernier.

Le gouvernement Trudeau récolte aujourd'hui les fruits d'une croissance plus vigoureuse que prévu, et l'utilisation de cette marge de manoeuvre est tout à fait défendable.

L'argent laissé ou retourné dans les poches de la classe moyenne et des travailleurs à faible revenu a effectivement de bonnes chances d'être de retour dans l'économie. La nouvelle Allocation canadienne pour enfants versée à partir de l'été 2016 a contribué à la croissance du produit intérieur brut dans l'année qui a suivi, a confirmé le président de la Banque du Canada hier. Stephen Poloz n'a toutefois pas voulu s'avancer sur l'indexation annoncée la veille, préférant attendre qu'elle soit adoptée dans le budget et, donc, ait force de loi, pour l'intégrer à ses prévisions. On a toutefois compris à demi-mot que l'impact attendu était beaucoup moindre - après tout, il s'agit seulement de contrer l'érosion de l'allocation.

La croissance s'annonce d'ailleurs plus modérée pour la deuxième moitié de 2017 et l'inflation devrait remonter un peu plus tard que prévu l'an prochain, a signalé la Banque du Canada. Le protectionnisme américain et la réaction des ménages endettés à la hausse des taux d'intérêt pourrait même freiner davantage l'économie. Le resserrement des conditions d'accès aux prêts hypothécaires et la montée des taux risquent de ralentir les ventes de propriétés, et toute la consommation qui en découle. Le recul des ventes au détail en juillet et en août soulève aussi des interrogations sur les ménages, qui dépensent peut-être moins, ou ailleurs que chez les marchands traditionnels.

En attendant, l'embellie récente et l'amélioration des prévisions laissent entrevoir une augmentation des revenus d'impôt et de taxation, ainsi qu'une baisse des dépenses liées à certaines prestations. Les déficits et le ratio de la dette au PIB projetés s'en trouvent automatiquement réduits. Pour l'instant, le gouvernement Trudeau n'a donc pas trop de mal à ignorer ceux qui lui reprochent son absence de cible de retour à l'équilibre budgétaire. Si le portrait se détériore, par contre, il devra faire davantage, dans son prochain budget, que flatter la classe moyenne dans le sens du portefeuille.




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