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Il faudra continuer à s'intéresser au harcèlement sexuel... (PHOTO THINKSTOCK)

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Il faudra continuer à s'intéresser au harcèlement sexuel au travail, même quand il n'y aura plus de vedettes pour faire les manchettes, écrit notre éditorialiste.

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La carrière d'Éric Salvail est au tapis, celle de Gilbert Rozon est K.-O. et celle d'Harvey Weinstein ne s'en remettra vraisemblablement jamais. Pour ces hommes d'affaire s et leurs entreprises, il y aura un avant et un après les dénonciations. Mais ailleurs, dans toutes les autres organisations où un climat de travail toxique subsiste encore? Sommes-nous vraiment en train d'assister à un changement de culture, comme on se plaît à le dire ces jours-ci? Attention, c'est loin d'être acquis.

Que ce soit devant les collègues ou derrière une porte fermée, nul ne devrait avoir à subir un geste, ni même une allusion, à caractère sexuel dans un contexte de travail.

Ce n'est pas écrit tel quel dans une loi, mais on souhaite bonne chance à quiconque essaiera de plaider son droit d'infliger à son personnel ou à ses collègues ses commentaires déplacés, ses mains baladeuses, ou toute autre partie de son anatomie. C'est inacceptable - pour la plupart des Québécois, c'est depuis longtemps l'évidence. Cependant, comme certains individus retardent de quelques décennies, il existe aussi des lois pour remettre les pendules à l'heure.

La section de la Loi sur les normes du travail sur le harcèlement psychologique, qui inclut le harcèlement sexuel, parle de «conduite vexatoire» qui «porte atteinte à la dignité ou à l'intégrité psychologique ou physique du salarié et qui entraîne, pour celui-ci, un milieu de travail néfaste».

Le Code civil indique aussi que l'employeur doit prendre les mesures appropriées pour protéger «la santé, la sécurité et la dignité du salarié».

La définition du salarié est large, incluant une personne qui remplit un contrat d'une journée. La portée du milieu protégé aussi. Les abus de supérieurs ou de collègues ne doivent pas être tolérés, mais ceux des clients, des usagers, des visiteurs ou des fournisseurs non plus. Et en l'absence de lien d'emploi, dans le cadre d'une entrevue d'embauche par exemple, il y a la Charte québécoise des droits et libertés, qui garantit à «toute personne qui travaille [...] des conditions de travail justes et raisonnables et qui respectent sa santé, sa sécurité et son intégrité physique».

Oui, plusieurs des allégations des derniers jours dépassent le harcèlement, et évoquent carrément des agressions. Mais ce n'est pas minimiser les faits que de rappeler qu'ils se sont produits dans un contexte de travail. Au contraire, c'est précisément ce qui rend de telles horreurs possibles. Si les comportements dénoncés ces temps-ci avaient ciblé des personnes croisées au hasard dans la rue, croyez-vous que leurs auteurs auraient pu continuer durant des décennies? Le contexte du travail, en plus de susciter une proximité dont abusent les malotrus, crée une vulnérabilité qui incite victimes et témoins à encaisser sans rien dire, même des années après les faits.

La proximité est inévitable. C'est à la vulnérabilité qu'il faut remédier. 

Pour cela, il faut voir au-delà des individus, et se rendre compte que ce sont les situations et les comportements dénoncés qui sont inacceptables. Et il faudra continuer à s'y intéresser, même quand il n'y aura plus de vedettes pour faire les manchettes.

Ce ne sont pas les milieux précaires et les travailleurs vulnérables qui manquent. Eux aussi ont besoin que ça change. Or les tribunaux, on l'a vu, ne peuvent pas faire tout le boulot. Il faut que le message se passe et que les attitudes évoluent, quel que soit le milieu.




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