Du rêve à la dure réalité

Céder le contrôle de ce programme dans lequel... (Photo Regis Duvignau, Reuters)

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Céder le contrôle de ce programme dans lequel Bombardier, les contribuables et les employés ont tant investi, ce n'est vraiment pas le destin auquel on aspirait pour la C Series, écrit notre éditorialiste.

Photo Regis Duvignau, Reuters

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

L'arrivée d'Airbus aux commandes de la C Series est une bonne nouvelle pour ces avions et, dans les circonstances, pour Bombardier, Québec et tous les travailleurs dont l'emploi dépend du succès de ce programme. Pour tous ceux qui souhaitent voir des entreprises d'ici jouer les premiers rôles sur la scène internationale, par contre, ce n'est pas idéal comme dénouement.

Malgré tous les efforts, l'ingéniosité et le soutien déployés au fil des ans, il a fallu se rendre à l'évidence : Bombardier n'avait pas ce qu'il fallait pour s'imposer comme troisième acteur majeur dans un marché dominé par les géants Boeing et Airbus. 

Oui, sans ces droits abusifs de près de 300 % que Boeing a fait mettre en travers de son chemin avec la complicité du département du Commerce américain, l'avionneur québécois y serait peut-être arrivé. C'est injuste, mais c'est la réalité avec laquelle il faut composer.

La pénalité délirante que Washington menace d'appliquer aux avions de la C Series exportés aux États-Unis risquait non seulement de les exclure du marché américain, éliminant ainsi 30 % des ventes potentielles, mais aussi de refroidir les transporteurs du reste du monde, en suscitant de sérieux doutes sur la viabilité du programme.

L'entrée en scène d'Airbus change tout, d'une façon dont Bombardier n'aurait pas pu le faire seul.

L'entreprise québécoise n'aurait sans doute pas eu les ressources pour ouvrir rapidement une nouvelle usine d'assemblage aux États-Unis afin de mettre la C Series à l'abri des droits compensateurs et antidumping. Airbus n'aura qu'à ajouter une chaîne de production à ses installations de Mobile, en Alabama. Et la confiance que la marque, l'expérience et la taille d'Airbus peuvent inspirer à la clientèle ne s'achète pas - les économies que sa masse critique devrait permettre d'aller chercher auprès des fournisseurs non plus.

Cela dit, céder le contrôle de ce programme dans lequel Bombardier, les contribuables et les employés ont tant investi, ce n'est vraiment pas le destin auquel on aspirait pour la C Series. Particulièrement à ce stade-ci, alors que les CS100 et CS300, certifiés et en service, ont fait la preuve de leurs grandes qualités techniques. Et encore moins dans ces conditions, à une entreprise étrangère qui obtient la moitié de la participation de Bombardier et d'Investissement Québec (IQ) sans avoir à verser un centime d'euro en échange.

Certes, le siège social de la coentreprise reste ici. La garantie d'emploi à Mirabel est rallongée de cinq ans, jusqu'en 2041. Et l'avenir de la C Series (incluant la somme de 1,3 milliard de dollars investie par Québec) paraît effectivement plus prometteur entre les mains d'Airbus. N'empêche, on a beau être réaliste, et voir que c'est probablement « la meilleure solution », pour reprendre les termes de la ministre de l'Économie Dominique Anglade, c'est un dénouement attristant.

D'autant que malgré l'enthousiasme du grand patron de Bombardier, Alain Bellemare, qui dit espérer un partenariat « pour la vie », les visées d'Airbus sont claires. « Ce ne sera pas toujours un ménage à trois. Avec le temps, nous prendrons 100 % du programme. Au bout du compte, ce sera un programme Airbus », a déclaré le vice-président aux communications du groupe, Rainer Ohler, en entrevue au Seattle Times.

En attendant, cette alliance nous permet au moins de rendre la monnaie de sa pièce à Boeing. Au lieu de tuer la C Series, l'avionneur la verra assemblée aux États-Unis, donc potentiellement intouchable, et renforcée par son concurrent Airbus - celui-là même dont elle considérait l'entrée sur le marché américain comme une erreur à ne pas répéter avec Bombardier !

Cet arrangement, par contre, donne raison à la logique protectionniste de Donald Trump, qui pourra se vanter d'avoir attiré, sinon une nouvelle usine, au moins une nouvelle chaîne d'assemblage en Alabama. C'est frustrant, mais comme disent nos voisins du Sud : « Ne vous fâchez pas ; prenez votre revanche ». Et la meilleure façon d'avoir le dernier mot sera de faire un succès de la C Series.

« Je suis absolument sûr qu'il y a pas mal de clients potentiels qui aimeraient acheter la C Series, mais qui se sont retenus, et qui seront convaincus avec ce partenariat », a déclaré le grand patron d'Airbus, Tom Enders, en conférence de presse lundi soir.

La balle est dans votre camp, Monsieur Enders.




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