ALENA : attachez vos tuques

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Le Canada et sa ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland arrivent bien préparés pour la renégociation de l'ALENA. «Reste à voir s'ils seront capables de tenir la distance», se demande notre éditorialiste.

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S'adressant successivement au Centre d'études en politiques internationales, au Comité permanent du commerce international et aux journalistes hier matin, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a su démontrer qu'elle et son gouvernement s'étaient bien préparés à la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui commence demain à Washington. Reste à voir s'ils seront capables de tenir la distance.

«Les négociations commerciales ont tendance à donner lieu à des moments dramatiques», a prévenu la ministre Freeland à Ottawa.

C'est bien la seule certitude de cette renégociation forcée. S'il y a toujours une part d'enflure verbale dans ce genre de tractations, il faut s'attendre à ce que ce soit encore plus le cas avec ce président américain si porté sur la chose. Demander aux Canadiens de ne pas se laisser impressionner par ce qu'ils entendront était donc incontournable sur la liste des préparatifs. Enrôler tous les alliés possibles, y compris en provenance des autres partis, travailler assidûment le terrain en rappelant les avantages de l'ALENA à tous les décideurs américains possibles, consulter les entreprises et la population canadiennes : la ministre des Affaires étrangères a montré que son gouvernement n'avait rien négligé au cours des derniers mois. Et sans présenter une liste d'épicerie aussi exhaustive que la Maison-Blanche (qui y est tenue par la loi), elle a levé un peu le voile sur les objectifs canadiens.

Le mécanisme de règlement des différends dont l'administration Trump rêve de se débarrasser est une ligne à ne pas franchir, a-t-elle confirmé en termes à peine voilés. Heureusement! On voit la facilité avec laquelle les entreprises américaines convainquent leur département du Commerce d'asséner des droits compensatoires et antidumping à leurs concurrents étrangers.

Sans un mécanisme binational pour trancher ce type de cas, on se dirige vers un régime de libre-intimidation plutôt que de libre-échange.

Sur les autres priorités, par contre, les frontières revendiquées sont encore tracées au crayon de plomb.

Malgré son appui explicite à la gestion de l'offre, et ses arguments répétés à l'intention des Américains (qui exportent cinq fois plus de produits laitiers chez nous que l'inverse), la ministre n'a convaincu personne. Le Canada a montré qu'il était prêt à lâcher du lest dans ce secteur pour conclure son Accord économique et commercial global avec l'Union européenne. On ne voit pas comment il pourrait éviter d'en faire autant pour sauver cet ALENA auquel il tient encore plus.

Que les négociateurs fédéraux puissent trouver des terrains d'entente pour réduire la bureaucratie ou interdire le sabotage des normes environnementales à des fins concurrentielles, c'est plausible. Qu'ils soient capables de faire ajouter un chapitre ou deux à l'édifice en faveur de l'égalité des sexes et des autochtones, c'est envisageable. Mais qu'ils réussissent à y insérer des mesures «qui appuient pleinement les efforts pour s'attaquer aux changements climatiques»? C'est si improbable qu'on ne peut même pas qualifier cette demande de monnaie d'échange.

Il faudra voir ce qu'Ottawa est capable d'aller chercher sur le front des contrats gouvernementaux et de l'économie numérique.

Et ce qu'il réussira à préserver dans les zones qui n'ont pas été abordées hier, comme la durée des brevets des médicaments, dont l'allongement coûterait cher aux patients, aux employeurs, aux assureurs et aux provinces.

«Je suis foncièrement optimiste quant au résultat final», a indiqué la ministre Freeland hier. Plus que de l'optimisme, c'est de l'agilité dont les négociateurs canadiens auront besoin. C'est la qualité indispensable dont les petits n'ont pas le choix de faire preuve lorsqu'ils se mesurent à un poids lourd.




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