Une avancée de la science qui gêne

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«Souvent qualifié de "ciseau moléculaire", le CRISPR-Cas9 est un outil d'édition de gènes sur lequel se fondent beaucoup d'espoirs», explique Ariane Krol.

ARCHIVES AFP

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Corriger un gène défectueux dans un embryon humain : cette intervention effectuée récemment dans un laboratoire américain est une avancée scientifique majeure qui soulève de nombreuses questions - y compris sur la pertinence de criminaliser ce type de recherche au Canada.

Souvent qualifié de «ciseau moléculaire», le CRISPR-Cas9 est un outil d'édition de gènes sur lequel se fondent beaucoup d'espoirs. On pensait notamment qu'il pourrait servir à retirer un gène porteur d'une maladie grave dans un embryon humain. Des scientifiques de l'Oregon, de la Corée du Sud et de la Chine en ont fait la démonstration convaincante dans la revue Nature au début du mois.

Ils ont ciblé une mutation générique qui entraîne de la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), une hypertrophie du myocarde générant de l'insuffisance cardiaque. La CMH est la cause de mort subite la plus fréquente chez les jeunes athlètes en santé.

Lorsqu'un des deux parents est porteur de cette mutation, seulement 50% des embryons en sont exempts. En injectant le CRISPR-Cas9 en même temps que le sperme dans l'ovocyte, les chercheurs ont réussi à obtenir 72,4% d'embryons exempts de la mutation. Une amélioration considérable.

«Toutefois, beaucoup d'éléments restent à considérer avant d'en arriver à des applications cliniques», reconnaissent d'emblée les chercheurs dans leur article.

Cet élément est aussi important à retenir que leur prouesse technique. Cette expérience portait sur un très petit échantillon (58 embryons) et visait à corriger une mutation sur un seul gène. On est donc encore très loin de pouvoir donner naissance à un de ces «bébés sur mesure» dont les prophètes de malheur nous menacent à chaque avancée de la génétique.

«On ne connaît pas la base génétique de la taille ou de l'intelligence. Ce sont des traits humains hyper complexes qui sont contrôlés par plusieurs gènes dont on ne connaît pas les interactions ni entre eux ni avec l'environnement», souligne Vardit Ravitsky, professeure de bioéthique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Même l'implantation d'un embryon corrigé pour prévenir une maladie n'est pas pour demain. Une telle grossesse serait en effet lourde de conséquences, car la personne ainsi conçue transmettrait la modification à tous ses descendants. L'élimination d'une mutation néfaste serait évidemment un gain, mais d'autres altérations génétiques pourraient être transmises en même temps. Les chercheurs publiés dans Nature n'ont pas détecté de tels effets indésirables dans leur expérience, mais c'est un risque toujours présent qui ne peut être ignoré.

Puisqu'il s'agit de notre bagage génétique commun, il faudra un certain appui dans la population avant de passer à des essais cliniques, fait valoir Mme Ravitsky. Il faudrait aussi déterminer quelles fins seraient acceptables, par exemple des maladies graves pour lesquelles il n'existe pas d'autres solutions, indique l'éthicienne.

On n'en est vraiment pas là. Par contre, le fait que les scientifiques d'ici n'aient même pas le droit de mener des recherches comme celle réalisée en Oregon est plus d'actualité que jamais. L'interdiction relevant de la loi fédérale sur la procréation assistée, y contrevenir serait même un acte criminel!

Comme le rappelaient des chercheurs canadiens en janvier dernier, cette loi est entrée en vigueur au milieu des années 2000, après une décennie marquée par des épisodes comme la brebis clonée Dolly (1996) et le canular du clonage raëlien (2003). Il est grand temps de la réviser, plaidaient-ils dans la revue Regenerative Medicine. Et comment!

Justement, le fédéral planche sur de nouveaux règlements à cette loi, notamment sur les remboursements acceptables pour les mères porteuses et les donneurs de sperme ou d'ovules. Malheureusement, les interdictions sur la recherche n'en font pas partie. Elles «seront étudiées à l'avenir lorsque des modifications à la loi [...] peuvent être envisagées», écrit Santé Canada dans son document de consultation.

C'est maintenant qu'il faut les envisager, et rapidement, sans quoi les chercheurs canadiens risquent de manquer le train. De la part d'un gouvernement qui n'arrête pas de chanter les vertus de l'innovation, ce serait vraiment un comble.

«Il faut envisager, et rapidement, des changements à la loi fédérale sur la procréation assistée, sans quoi les chercheurs canadiens risquent de manquer le train.»





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