Bois d'oeuvre: le retour des droits vexatoires

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« Les entreprises d'ici auront donc besoin de beaucoup de liquidités pour pouvoir continuer à vendre sur le marché américain », explique Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Même si le bois d'oeuvre canadien ne bénéficie pas de subventions indues, les producteurs américains ont encore une fois réussi à convaincre leur gouvernement d'imposer des droits compensatoires de près de 20 %, et ce, de façon rétroactive. Les entreprises d'ici auront donc besoin de beaucoup de liquidités pour pouvoir continuer à vendre sur le marché américain. Le fédéral doit leur prêter main-forte, et rapidement.

« Ces prétentions ont été maintes fois jugées non fondées par des tribunaux du commerce indépendants. Nous l'avons emporté dans le passé et nous le ferons encore », a déclaré hier le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr.

Les versions n'ont pas encore été testées devant un organe de règlement des différends comme celui de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ou de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), mais on ne risque pas grand-chose à parier qu'ils donneront tort aux États-Unis. C'est ce qui s'est passé dans les quatre précédents litiges du bois d'oeuvre et avec les changements effectués depuis, il sera encore plus difficile de démontrer que les Canadiens ont bénéficié de subventions dites compensables.

Imposer ainsi des « droits compensatoires » quand on sait pertinemment qu'il n'y a pas de pratiques anticoncurrentielles à compenser, c'est purement vexatoire, et pour beaucoup de monde.

Pour les entreprises canadiennes, évidemment : la foresterie étant étroitement intégrée, ce coup porté au bois d'oeuvre risque de se répercuter sur d'autres activités du secteur. Or, quelque 200 000 emplois directs dépendent de la foresterie au pays, dont 60 000 au Québec, souvent dans de petites communautés éloignées.

La seule perspective d'une nouvelle guerre commerciale a déjà commencé à faire grimper les cours du bois d'oeuvre aux États-Unis et cette surtaxe sur les produits canadiens fera monter le prix de la maison unifamiliale moyenne de 1236 $ américains, prévoit la National Association of Home Builders. Sur le coût total d'une propriété, ça peut paraître négligeable, mais pour chaque augmentation de 1000 $ du prix médian d'une maison neuve, près de 153 000 ménages ne sont plus capables d'emprunter, estime l'association. Résultat ? Moins de travail dans la construction et dans les entreprises qui fabriquent, vendent et transportent le mobilier, les électroménagers et tous les autres articles dont les acheteurs de maisons neuves ne peuvent se passer.

Bref, c'est cette classe moyenne à qui le président Trump a tant promis qui va faire les frais de ces mesures vexatoires. Le Canada en démontrera encore une fois le ridicule devant les tribunaux, mais on en a pour des années.

L'impact exact pour les producteurs d'ici est difficile à chiffrer, car plusieurs variables entrent en jeu. D'une part, les taux exacts de ces droits compensatoires et des droits antidumping qui s'ajouteront en juin ne seront pas fixés avant l'automne. D'autre part, la vigueur du marché immobilier américain et la faiblesse du dollar canadien pourraient atténuer un peu le choc. Seule certitude : des milliers d'emplois sont aujourd'hui à risque dans les régions. Si les gouvernements ne veulent pas les voir disparaître, ils vont devoir s'activer. Québec l'a fait illico en modifiant un programme de prêt et de garantie de prêts pour le rendre accessible aux entreprises du secteur. Ottawa, par contre, n'a encore rien annoncé de neuf.

Que le ministre du Commerce international François-Philippe Champagne nous vante les vertus de la diversification des marchés depuis Pékin, c'est bien joli, mais il doit être conscient que si la Colombie-Britannique est la seule à vendre des 2X4 en Chine, ça tient plus à la géographie et à la nature du produit qu'à un manque de vision des autres provinces.

Les entreprises du Québec, de l'Ontario ou du Nouveau-Brunswick ont des besoins plus pressants que les grandes sociétés de la Colombie-Britannique, qui ont des marchés d'exportation plus diversifiés et des scieries aux États-Unis. Les ministres fédéraux Jim Carr et Chrystia Freeland, qui pilotent le Groupe de travail fédéral-provincial sur le bois d'oeuvre, doivent en tenir compte. Une réunion est prévue à la fin de la semaine. Espérons qu'ils n'arriveront pas les mains vides.




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