Opioïdes : dépendances évitables

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«Ces problèmes-là [de dépendance aux opioïdes] n'ont pas de solution unique, il faut s'y attaquer sur plusieurs fronts», souligne Ariane Krol.

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Troquer sa douleur contre une dépendance aux opioïdes? C'est la pente savonneuse sur laquelle trop de patients se retrouvent entraînés à leur insu, parfois dans la mort. Médecins et pharmaciens veulent pouvoir les repérer et les aider avant qu'il ne soit trop tard, mais pour cela, Québec doit faire sa part et adapter ses sacro-saintes normes de protection des renseignements personnels.

Disons-le d'emblée : ça ne suffira pas à venir à bout d'un phénomène aussi complexe que la dépendance aux opioïdes ni même à éviter toutes les surdoses mortelles. Ces problèmes-là n'ont pas de solution unique, il faut s'y attaquer sur plusieurs fronts. Et vu l'immense difficulté de les endiguer, on devrait aussi s'abstenir de les alimenter. C'est ce que le Collège des médecins du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec veulent faire en évitant, autant que possible, de créer et d'entretenir des dépendances avec les opioïdes sur ordonnance.

Le coroner Paul G. Dionne en a fourni un exemple éloquent la semaine dernière dans son rapport sur Louis Anctil, un homme de 41 ans de Gatineau, dont l'hydromorphone Contin et le Dilaudid prescrits pour des douleurs résultant d'un accident étaient devenus une source de revenus pour se procurer un opioïde beaucoup plus puissant, le fentanyl. Cette dernière substance, mélangée à d'autres, lui a coûté la vie.

Son cas n'est pas unique. Parmi la quarantaine de décès dans lesquels le fentanyl a joué un rôle en 2015, on trouve plusieurs personnes qui s'étaient fait prescrire de la morphine ou d'autres médicaments contre la douleur. Et c'est sans compter tous les patients qui, sans connaître une fin tragique, développent une dépendance à leur médication.

Le Collège des médecins et l'Ordre des pharmaciens peuvent donner des directives à leurs membres et enquêter sur les plaintes reçues, mais ces méthodes ont des limites. C'est pourquoi ils réclament l'accès aux données sur les prescriptions d'opioïdes et d'autres substances contrôlées, pour pouvoir repérer les cas hors norme.

Ce médecin ou ce pharmacien qui traite un volume élevé d'ordonnances de ce type a-t-il une clientèle qui le justifie ou des pratiques problématiques? Il faut aller voir, mais pour cela, il faut savoir où regarder.

Les deux ordres professionnels rencontrent aujourd'hui la ministre responsable de l'Accès à l'information, Rita De Santis, pour plaider leur cause. Malheureusement, ils s'attaquent à forte partie - on ne parle pas ici de la ministre, mais de la législation québécoise en manière de protection des renseignements personnels, verrouillée à double tour.

Le principe est louable, car l'historique de santé d'un individu est une matière extrêmement sensible.

Sauf que la conception québécoise de la confidentialité est si poussée qu'elle bloque aussi des initiatives susceptibles d'améliorer la santé de la population.

Nous l'avons vivement dénoncé au sujet de la recherche, parce qu'il n'est pas normal que des études jugées très intéressantes en Ontario soient impossibles à réaliser ici. Il faudra voir si la situation s'améliore, mais la cause, au moins, semble avoir été entendue.

Pour les ordres professionnels, c'est une autre paire de manches. L'utilité des données de prescription a pourtant été démontrée dans d'autres provinces.

En Alberta, les ordonnances d'opioïdes et d'autres types de médicaments, comme les benzodiazépines, et même des substances prescrites par des vétérinaires, comme la kétamine, sont automatiquement incluses dans un programme de suivi et utilisées de plusieurs façons.

Les patients dont le profil est jugé à risque (une consommation quotidienne élevée associée à la fréquentation de plus de deux médecins et de plus de deux pharmacies dans les mois précédents) sont par exemple signalés à leurs professionnels de santé.

Les médecins reçoivent aussi un rapport sur leurs propres pratiques en matière de prescription d'opioïdes et de benzodiazépines. Les deux tiers le considèrent utile et plus de la moitié prévoient modifier leurs pratiques, montrent les questionnaires remplis par quelque 2000 médecins.

Comparé à l'hécatombe à laquelle on assiste en Colombie-Britannique (plus de 330 décès associés au fentanyl l'an dernier) et en Alberta (plus de 190 morts), le Québec a l'air épargné avec ses 38 décès en 2015. Mais pourquoi faudrait-il attendre que les morgues débordent pour s'organiser ? La prévention, comme son nom l'indique, c'est avant que ça se passe.

«« Québec doit faire sa part et adapter ses sacro-saintes normes de protection des renseignements personnels. »»





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