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« Les adeptes des produits de santé naturels insistent beaucoup sur le faible risque associé à ceux-ci », explique Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Devant le demi-échec de sa première consultation, Santé Canada a décidé d'en organiser une autre. Ce souci de prendre le pouls des Canadiens est louable, à condition de ne pas retarder l'arrivée de la nouvelle réglementation. L'encadrement des produits de santé naturels est depuis trop longtemps déficient, il faut y voir.

Le résultat de la première consultation menée en ligne l'automne dernier s'est révélé décevant.

Au moins deux organisations du secteur, l'Association canadienne des aliments de santé et la Guilde des herboristes, ont suggéré des réponses types aux adeptes des produits de santé naturels (PSN). Et tout indique que ceux-ci sont surreprésentés dans l'enquête. « Une analyse des réponses aux questions ouvertes données par ces participants révèle également une concordance étroite avec le contenu du texte suggéré par le groupe des défenseurs », note le rapport de la firme Intersol.

Santé Canada s'est même sentie obligée de publier une page de « mythes et faits » en pleine période de consultation afin de corriger des faussetés - que les produits visés seront traités comme des médicaments d'ordonnance, par exemple. L'Association canadienne des aliments de santé a répliqué avec sa propre « vérification des faits », dans laquelle elle réfute la plupart des affirmations du Ministère.

Santé Canada, précisons-le, veut revoir la réglementation de tout ce qu'elle appelle produits d'autosoins. Cela inclut les PSN, mais aussi les médicaments sans ordonnance et les cosmétiques.

Si les réponses recueillies l'automne dernier ne sont aucunement représentatives de l'ensemble de la population, elles auront au moins montré à quel point ceux qui ont un intérêt direct dans les PSN (parce qu'ils les commercialisent, les conseillent ou en consomment régulièrement) sont résolus à faire entendre leur opposition. Elles ont aussi fait ressortir une lacune majeure :  sur plusieurs aspects, Santé Canada n'a pas donné assez de précisions pour permettre de se prononcer, ont souligné les participants. Quand on sollicite l'avis des gens, ce n'est pas un détail.

Le Ministère dit avoir entendu le message, et vient de lancer une consultation nationale sur son « projet de proposition approfondie ». Le problème, c'est que cette nouvelle mouture n'est pas disponible. « La proposition modifiée sera présentée aux séances de consultation publique », nous a indiqué Santé Canada par courriel. L'information est réservée à ceux qui participeront à l'une des neuf rencontres en personne ou en ligne prévues d'ici le 5 mai. De la part d'un ministère qui s'est engagé à « améliorer la transparence et l'ouverture en matière de réglementation », c'est une étrange façon de procéder.

Cela dit, la réglementation de Santé Canada n'a pas à faire l'unanimité, encore moins à préserver la disponibilité des produits.

Le plus important changement proposé est d'exiger que les entreprises désireuses d'inscrire une allégation relative à la santé sur leurs emballages en fournissent la preuve scientifique. Ce n'est pas trop tôt.

Oui, il se peut que des fabricants choisissent plutôt de retirer leurs produits du marché. Mais ce sont eux que les défenseurs des PSN devraient blâmer, et non le Ministère, qui tolère les allégations non fondées depuis trop longtemps.

Les adeptes des PSN insistent beaucoup sur le faible risque associé à ceux-ci. C'est sans doute vrai dans bien des cas, mais ils devraient se rendre compte qu'en plaidant ainsi le côté inoffensif de ces molécules, ils protègent une foule d'entreprises malhonnêtes, qui profitent du laxisme actuel pour inonder le marché de produits trompeurs, voire dangereux, contenant des substances toxiques ou réservées à des médicaments d'ordonnance. Santé Canada émet régulièrement des avis à ce sujet.

Il faut aussi être conscient que même un produit inefficace peut être nuisible - lorsque le malade, en attendant en vain qu'il fasse effet, laisse son état se dégrader au lieu d'aller chercher un diagnostic.

Bref, il est grand temps de prendre les produits de santé naturels au sérieux




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