Libre-échange Canada-UE: le refus du repli

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Ariane Krol

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En cette époque déprimante où tant de politiciens proposent le repli et la nostalgie comme vision d'avenir, l'adhésion du Parlement européen au traité de libre-échange avec le Canada envoie un signal positif à plusieurs égards. Encore faut-il se donner la peine de le traduire en termes concrets.

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Le premier ministre Justin Trudeau s'est adressé au Parlement européen, hier à Strasbourg.

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Vu d'ici, le repli n'est même pas une option. Près de 55 % du produit intérieur brut (PIB) canadien repose déjà sur la consommation des ménages - au Québec, c'est près de 60 %. Et cette population vieillit, et son pouvoir d'achat stagne. On ne peut donc pas beaucoup compter là-dessus pour la croissance.

Avec des capacités de production qui dépassent largement les besoins locaux, le Canada, tout comme le Québec, est obligé de trouver des débouchés.

L'Union européenne, une économie développée de plus de 510 millions d'habitants, est un marché qu'on ne pouvait pas se permettre d'ignorer. Et même si le Canada n'a pas autant de consommateurs à offrir en échange, l'Accord économique et commercial global (AECG, mieux connu sous l'acronyme anglais CETA) approuvé par le Parlement européen mercredi est une bonne affaire pour les deux parties.

Pour l'Europe récemment larguée par le Royaume-Uni et constamment remise en question de l'intérieur, c'est un beau pied de nez aux prophètes de malheur. D'autant qu'après toutes ces années de négociation, l'étape qui vient d'être franchie n'a plus rien de symbolique. Après son adoption, acquise, de ce côté-ci de l'Atlantique, la quasi-totalité de l'accord sera mis en oeuvre, vraisemblablement d'ici la fin juin. Et quoi qu'en disent les politiciens et groupes de pression européens qui s'y opposent encore, les votes des Parlements nationaux et régionaux ne le freineront pas aisément.

Aux fantasmes de repli sur soi, il faut opposer une question : le repli sur quoi ?

Sur un monde idéalisé comme celui que Donald Trump a promis de créer à coup de barrières tarifaires ? Sur une société prétendument assiégée, comme celle où les opposants européens au CETA s'imaginent vivre lorsqu'ils accusent cet accord de tous les complots ? Le libre-échange est un bouc émissaire et un épouvantail si commode...

À la décharge de ceux qui s'opposent à cet accord, et aux précédents, les gouvernements manquent singulièrement de talent dans le service après-vente.

Certes, Justin Trudeau a eu le bon goût de s'élever au-dessus des considérations mercantiles lorsqu'il s'est adressé au Parlement européen hier. « Une voix européenne forte sur la scène mondiale est non seulement préférable, mais essentielle », a-t-il souligné à Strasbourg. Hélas, le reste de son discours sur les avantages du CETA était bien trop vague pour que quiconque ait l'impression d'y gagner quoi que ce soit.

Si le potentiel de l'accord a été mieux communiqué ici, notamment pour les exportateurs de boeuf, de porc, de produits de la mer et de sirop d'érable, un épais brouillard flotte encore sur plusieurs aspects critiques de l'entente. Par exemple, on ne sait pas encore de combien l'allongement des brevets accordé aux sociétés pharmaceutiques fera augmenter les coûts des médicaments ni comment le fédéral dédommagera les provinces pour cette concession. Et bien qu'Ottawa ait indiqué comment il entend aider le secteur laitier à faire face la concurrence accrue des fromages fins européens, on attend encore de savoir comment, et dans quelle proportion, les producteurs du Québec, de loin les plus touchés, pourront en bénéficier.

L'espace public a, comme la nature, horreur du vide. En négligeant de fournir des réponses et des arguments satisfaisants, ceux qui signent et implantent ces ententes laissent tout le champ libre aux détracteurs du libre-échange.




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