Donner l'exemple avant de faire la leçon

Ariane Krol... (Photo Marco Campanozzi, archives La Presse)

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Ariane Krol

Photo Marco Campanozzi, archives La Presse

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Interdire l'eau embouteillée dans tout Montréal ? L'idée lancée par le maire Coderre est séduisante du point de vue de la réduction des déchets, mais irréaliste à court terme. La Ville devrait commencer par donner l'exemple et retirer ces produits de tous les établissements et lieux municipaux.

« Les sacs de plastique c'est une chose. Après, on va s'enligner sur les bouteilles d'eau aussi », avait déclaré Denis Coderre en février dernier, en confirmant l'interdiction des sacs de plastique à usage unique à compter de 2018.

On n'en a pas réentendu parler, mais le dossier, avons-nous appris, suit son cours. Montréal veut consulter la population et tous les acteurs en cause, nous a indiqué le cabinet du responsable de l'environnement au comité exécutif de la Ville, Réal Ménard. Il n'a cependant pas été possible de savoir si cette consultation se tiendra avant les élections de l'automne prochain.

Une étude sur les initiatives prises ailleurs dans le monde pour contrôler et réduire l'impact des bouteilles d'eau a aussi été réalisée et alimentera le plan de gestion des matières résiduelles de l'agglomération attendu sous peu.

Interdire l'eau embouteillée à la grandeur du territoire, comme on le fera avec les sacs de plastique ? Vaste programme !

L'eau plate embouteillée est la boisson qui a le plus gagné en popularité au Québec ces dernières années. Les achats dans les supermarchés et les grandes surfaces ont bondi de 21 % entre 2010 et 2014, jusqu'à dépasser les boissons gazeuses au palmarès des ventes de boissons non alcoolisées. Et c'est sans compter tous les autres commerces et lieux publics où l'on peut s'en procurer.

La popularité grandissante de ces bouteilles non consignées en préoccupe cependant plusieurs, à cause du pétrole impliqué dans leur fabrication et leur transport.

La Ville s'était d'ailleurs engagée, dans son dernier plan de développement durable, à les bannir des édifices municipaux. Cinq ans plus tard, en 2015, elle avait seulement la moitié du chemin de fait.

Le sevrage est plus difficile qu'il n'y paraît. Parlez-en à Amqui, première municipalité au Québec à adopter le statut de communauté bleue, par lequel elle s'est engagée à bannir les bouteilles d'eau des bâtiments municipaux et des événements publics. Mais pour l'instant, la réalité des événements spéciaux l'a incitée à limiter l'offre plutôt qu'à l'éliminer.

Raison de plus pour persévérer. Montréal devrait d'ailleurs pousser l'exercice plus loin et arrêter la vente de bouteilles d'eau dans les édifices et lieux municipaux. Ce serait d'autant plus indiqué que d'autres ont pavé la voie. L'Université de Montréal, qui a déjà retiré ce produit d'une grande partie de ses services alimentaires, cafés étudiants et distributrices (campus de la montagne et de Saint-Hyacinthe, ainsi qu'aux pavillons Lassonde de Polytechnique), estime avoir ainsi éliminé 90 000 bouteilles par an. Des cégeps ont aussi pris ce virage ou envisagent de le faire.

Pour changer les habitudes, par contre, il ne suffit pas de répéter que l'eau municipale est potable et gratuite. Il faut s'assurer qu'elle devienne un véritable substitut de l'eau embouteillée.

Il ne faut donc pas seulement promouvoir l'utilisation des gourdes, mais assurer une offre à la hauteur : des fontaines munies d'un col de cygne ou des stations de remplissage suffisamment nombreuses, qui offrent une eau fraîche sans arrière-goût. Autrement, on s'expose aux effets pervers vécus à l'Université du Vermont, où la consommation d'autres boissons embouteillées, souvent additionnées de sucre, a augmenté durant le premier trimestre ayant suivi l'interdiction des bouteilles d'eau.




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