Services d'injection supervisée : fini le déni

« C'est toute la Stratégie nationale antidrogue de la... (Photo Darryl Dyck, archives La Presse Canadienne)

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« C'est toute la Stratégie nationale antidrogue de la précédente administration qui est mise au rancart », résume Ariane Krol.

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La crise des opioïdes qui a coûté des centaines de vies au Canada aura au moins convaincu Ottawa de simplifier le processus bureaucratique absurde qui pesait sur les demandes de centres d'injection supervisée. Il était temps !

Les demandes pour ouvrir de tels lieux devront répondre à cinq questions, indique le projet de loi déposé lundi par le gouvernement Trudeau. C'est cinq fois moins que le processus actuel. Et surtout, c'est beaucoup plus ciblé, et justifié.

Les cinq facteurs dont Santé Canada devra tenir compte sont directement inspirés du jugement de la Cour suprême qui avait confirmé la légitimité de la clinique vancouvéroise InSite, a souligné la ministre fédérale de la Santé Jane Philpott.

C'est autrement plus pertinent que la liste d'épicerie actuelle. Celle-ci, rappelons-le, comprend 26 critères, et c'est bien parce que notre alphabet ne compte pas plus de lettres : avec les requêtes hétéroclites regroupées sous des points comme b) ou i), on frise la trentaine de questions.

Le gouvernement Harper, on s'en souvient, avait très mal digéré le jugement InSite, qui avait empêché la fermeture de cette clinique du quartier Downtown Eastside et ouvert la porte à d'autres ressources du genre.

Forcé de se doter d'une grille pour analyser les demandes des provinces, il a empilé les exigences, plaçant la barre très haut. Prouver le besoin et le sérieux du projet ne suffisait pas, il fallait multiplier les démonstrations locales de tout acabit. Dans une lettre envoyée en avril 2015, la ministre déléguée à la Santé publique du Québec, Lucie Charlebois, s'est ainsi retrouvée à devoir expliquer à Rona Ambrose que oui, elle appuyait le dossier montréalais et que non, les ministères québécois de la Sécurité publique et de la Justice n'émettraient pas d'avis spécifiques.

Malheureusement pour Montréal, qui attend toujours son feu vert, les dossiers déjà déposés sont traités selon l'ancienne grille puisque le projet de loi n'est pas encore en vigueur. Heureusement, la ministre Philpott semble déterminée à accélérer la cadence. Du personnel sera bientôt ajouté à Santé Canada pour aider les communautés à préparer leurs demandes, a-t-elle indiqué.

De fait, le changement d'attitude va bien au-delà de ces modifications législatives.

C'est toute la Stratégie nationale antidrogue de la précédente administration qui est mise au rancart, remplacée par une Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances. La différence n'est pas seulement dans les termes. La priorité absolue qui avait été donnée à la répression avait complètement évacué ce qu'on appelle la « réduction des méfaits » liés à la consommation (surdoses, infections, etc.). Malheureusement pour ceux qui ont cru en cette approche, le déni n'est pas d'une grande efficacité en matière de santé publique. Ces problèmes, on le voit, sont plus d'actualité que jamais.

Les centres de consommation supervisée ne représentent qu'une petite partie de la réponse. Mais dans l'état actuel des choses, leur capacité démontrée à réduire les morts par surdose n'est pas à dédaigner.

La ministre Charlebois assure que la demande montréalaise répond à tous les critères fédéraux. La métropole sera d'ailleurs l'hôte de la 25e Conférence internationale sur la réduction des méfaits, qui accueillera des participants de quelque 70 pays en mai prochain. Message à la ministre Philpott : peut-on s'organiser pour que les sites et l'unité mobile proposés par Montréal soient fonctionnels d'ici là ? Le contraire serait aussi embarrassant pour Ottawa que pour nous.




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