Quand les bonnes intentions tournent au drame

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« La détection des cas de maltraitance sur les enfants est difficile et complexe », écrit Ariane Krol.

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La mort tragique du pédiatre Alain Sirard tire un trait sur les enquêtes dont il avait fait l'objet dans le cadre de sa pratique. C'est compréhensible. La fermeture de ces dossiers ne doit toutefois pas nous faire oublier le drame vécu par les parents qui, en venant faire soigner leur enfant, se retrouvent soupçonnés à tort de maltraitance. Cet enjeu-là ne doit pas être écarté du revers.

Un reportage de notre collègue Louise Leduc, au printemps 2013, et un autre de Radio-Canada, à l'automne suivant, ont relaté l'expérience traumatisante de parents qui ont fait l'objet de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) après avoir amené leur enfant au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine : leur innocence a beau avoir été finalement reconnue, le chemin pour y parvenir a pris des allures de calvaire.

Comment cela a-t-il pu se produire ? Beaucoup d'éléments entrent en jeu.

• La Loi sur la protection de la jeunesse ratisse très large. Elle oblige le médecin à signaler « sans délai » tout cas où il y a un « motif raisonnable de croire que la sécurité ou le développement d'un enfant est ou peut être considéré comme compromis ».

• La détection des cas de maltraitance sur les enfants est difficile et complexe.

• Des cas de maltraitance fondés, les pédiatres en voient passablement, y compris de la part de parents et de gardiens à première vue au-dessus de tout soupçon.

• Ils voient aussi des cas incertains se confirmer de terrible manière, quand un enfant n'ayant pas fait l'objet d'un signalement lors d'une précédente visite, ou dont la DPJ a fermé le dossier rapidement, revient à l'hôpital dans un état qui ne laisse plus de doute.

• Il se peut aussi que la DPJ, même après avoir reçu de nouveaux éléments diagnostiques qui écartent les soupçons à l'origine d'un signalement, garde un dossier ouvert pour d'autres motifs.

Le parent irréprochable n'est pas nécessairement conscient ou au courant de tout cela en se présentant à l'hôpital.

On imagine donc le choc lorsque, au lieu d'être traité en partenaire désireux du bien-être de son enfant, il se retrouve au banc des accusés, faisant l'objet de soupçons, voire d'insinuations.

« Les situations de possibilité de maltraitance peuvent être perçues très difficilement par les parents puisque le pédiatre se trouve alors, dans ses questions et explications, à confronter les dires d'un parent ; le médecin n'est pas dans la relation de confiance habituelle », reconnaît d'ailleurs l'hôpital Sainte-Justine dans un document interne.

Et que dire du désarroi des parents qui, même en n'ayant rien à se reprocher, se retrouvent aux prises avec un signalement à la DPJ, et l'engrenage qui s'ensuit ? Qui se voient forcés de se battre pour, dans certains cas, retrouver la garde de leur enfant et, dans tous les cas, prouver ce qu'ils ont toujours été - c'est-à-dire innocents ? On a vu leurs témoignages, c'est une épreuve qu'on ne souhaite pas à son pire ennemi.

Pour le Collège des médecins, l'enquête de son syndic sur le Dr Sirard était un cas isolé, et il n'y a pas lieu d'émettre des lignes directrices aux membres. Sainte-Justine dit qu'il a modifié ses façons de faire, et que ses pratiques sont conformes aux recommandations de la Commission des droits de la personne et du ministère de la Santé et des Services sociaux.

On comprend que devant une blessure inexplicable, le parent se fasse demander de répéter et de préciser sa version des faits. Et même que des signalements non fondés se produisent à l'occasion. Mais que les expériences vécues par certains parents soient considérées comme normales ? C'est non seulement incompréhensible, mais inacceptable. Et ça, on ne l'a pas vraiment entendu jusqu'ici. Ce n'est pas rassurant.




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