Infirmières en CHSLD : pour un minimum décent

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« La norme reconnue par le ministère de la Santé au Québec est d'une infirmière par 75 à 96 résidants le soir. Et vu la lourdeur de la clientèle en CHSLD, ce n'est pas du luxe », écrit Ariane Krol.

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Une seule infirmière pour 175 patients ? Cette situation choquante révélée dans un rapport de coroner jeudi dernier n'est pas unique. De toute évidence, de simples indications sur le personnel requis en Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ne suffisent plus. Québec va devoir exiger des seuils minimums et s'assurer que les établissements s'y conforment.

Si René Bélanger, qui était en fin de vie, est bel et bien décédé de mort naturelle, les doubles doses de narcotiques qu'il a reçues auraient pu être fatales pour un autre patient, indique la coroner Mélanie Laberge. « La cause principale des erreurs ce soir-là semble être la charge de travail », écrit-elle en soulignant que dans ce CHSLD, l'infirmière de soir était responsable d'environ 175 patients.

Dire que c'est nettement insuffisant est... nettement insuffisant.

La norme reconnue par le ministère de la Santé au Québec est d'une infirmière par 75 à 96 résidants le soir. Et vu la lourdeur de la clientèle en CHSLD (il faut avoir besoin de plus de 3 heures de soins par jour pour y être admis), ce n'est pas du luxe.

Cette infirmière n'était pas seule à tenir le fort. Des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires étaient aussi en service, et ils étaient un peu plus nombreux que le minimum recommandé. Mais si chacun a un rôle important à jouer, ils ne sont pas interchangeables.

- L'infirmière est la seule autorisée à évaluer un patient et à modifier son traitement, mentionne la coroner.

- Des études ont aussi démontré que c'est le nombre d'infirmières qui a le plus d'impact sur la qualité des soins, la sécurité et le taux de mortalité, a rappelé le professeur Philippe Voyer, de la faculté des sciences infirmières de l'Université Laval, au Forum sur les meilleures pratiques en CHSLD, jeudi à Montréal.

Cette histoire d'une infirmière pour 175 personnes révélée quelques heures auparavant tombait donc assez mal.

Le ministre de la Santé a eu beau répéter que cette pratique inacceptable avait été corrigée, ça a fait de l'ombre sur son beau forum.

C'est dommage, parce que les cas exemplaires qui y ont été présentés sont plus subversifs que n'importe quel scandale :  les CHSLD en question montrent qu'il est possible de faire beaucoup mieux. C'est dérangeant pour les autres - du moins, ça devrait l'être. Malheureusement, ça ne suffit pas. En effet, certains établissements choisissent plutôt de ne pas avoir d'infirmière le soir ou la nuit, a-t-on aussi entendu durant ce forum. On ne parle même plus de ratio insuffisant : c'est un gros zéro.

Ce n'est pas pour rien que la Commission de la santé et services sociaux a ouvert la porte à des ratios obligatoires et que Philippe Voyer, une autorité en la matière, juge qu'on en est rendu là.

Tant que les normes en matière de personnel ne seront que des recommandations, et non des obligations, il y aura toujours des gestionnaires pour jouer là-dessus, car les risques auxquels ils s'exposent sont minimes. Rogner un peu sur le personnel ne provoquera pas une hécatombe, seulement une détérioration des soins et services aux résidants, et donc de leur qualité de vie. C'est d'une banalité à pleurer.

Évidemment, les ratios ne règlent pas tout. Il faut tenir compte des besoins et de l'environnement propres à chaque établissement, fait valoir l'Ordre des infirmières. Et il faut permettre à ces professionnelles de faire leur travail - près de la moitié de leur temps est accaparé par des activités qui pourraient être effectués par d'autres employés, signalait Philippe Voyer dans la revue de l'Ordre l'été dernier.

Sauf que dans l'état actuel des choses, les normes sur le personnel devraient être traitées comme un seuil minimum, et l'établissement qui veut y déroger devrait avoir à se justifier au préalable - et non pas seulement s'il se fait prendre.

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