Résidences pour aînés : 32 vies sacrifiées pour rien ?

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« Il a fallu 32 morts à L'Isle-Verte pour que le Québec se décide à imposer les gicleurs que les coroners réclamaient depuis près de 20 ans », écrit Ariane Krol.

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Une surveillance accrue pour améliorer la sécurité des résidants en cas d'incendie ? Pouf ! Envolée en fumée ! Moins de trois ans après le drame qui a coûté la vie à 32 personnes âgées à L'Isle-Verte, Québec prévoit réduire ses exigences envers les résidences pour aînés, a appris La Presse. C'est consternant !

« Un personnel formé et en nombre suffisant » : c'est l'une des principales recommandations du coroner Cyrille Delâge pour améliorer les chances de survie lorsqu'un feu se déclare dans une résidence pour personnes âgées.

Le projet de règlement présenté par le ministre de la Santé Gaétan Barrette l'an dernier allait donc en ce sens. L'amélioration la plus notable visait les résidences destinées aux clientèles les plus lourdes, où l'on ajoutait un préposé dans tous les établissements de 50 unités ou plus.

Ce rehaussement n'est plus dans les plans, montrent les documents que nous avons consultés.

Pour cette catégorie de résidences, on revient au statu quo. Et pour d'autres, on prévoit même des allègements par rapport à ce qui avait été promis.

En effet, l'idée que la surveillance puisse être assumée, non par des employés de la résidence, mais par des bénévoles n'étant pas sur place, a été non seulement maintenue, mais aussi répandue.

Dans le projet de règlement initial, seules les petites résidences (moins de 50 unités) ayant l'offre de services la plus légère (repas, loisirs, aide domestique) avaient le droit de fonctionner de la sorte. Toutes les résidences de cette catégorie pourront le faire, peu importe leur taille, indique la nouvelle proposition. C'est inquiétant.

Officiellement, ces résidences dites de catégorie 1 s'adressent à une clientèle autonome puisque les exploitants n'y prodiguent aucuns soins médicaux. Sauf que la réalité est plus complexe. Être forcé à déménager n'est agréable pour personne, et c'est une épreuve qu'on essaie d'éviter le plus possible aux aînés. Un locataire en pleine forme au moment d'emménager risque de l'être beaucoup moins quelques années plus tard. Et un problème de mobilité, de vue ou d'ouïe banal dans la vie de tous les jours prendra une tout autre dimension en cas d'incendie, particulièrement en pleine nuit. C'est assez pour retarder, voire compromettre, l'évacuation de ces résidants.

Déjà, l'an dernier, l'idée de s'en remettre à un bénévole ou à un locataire plutôt qu'à un employé avait été dénoncée par plusieurs, dont l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec, l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées ainsi que l'Association des retraitées et retraités de l'éducation et des autres services publics du Québec. Que son application ait été élargie dépasse l'entendement.

Évidemment, les salariés coûtent cher, et pouvoir en réduire le nombre est avantageux pour une résidence, qu'elle soit à but lucratif ou non. Les coûts associés aux exigences poussent des établissements à se décertifier, ce qui crée d'autres problèmes, rappellent le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) et le Réseau québécois des OSBL d'habitation. Et toutes les résidences seront équipées de gicleurs d'ici quelques années, fait valoir le RQRA.

Certes, mais comme l'a souligné le coroner Delâge, qui avait vu plus que sa part de morts évitables : 

« Il faut une combinaison de mesures protectrices pour avoir une chance de réussite : non seulement des gicleurs, mais aussi des détecteurs de fumée audibles et visibles, un système d'alarme adéquat relié directement si possible au service d'urgence 911 et surtout (...) un personnel qualifié en nombre suffisant. »

À peine plus d'un an après s'être félicité d'améliorer ce dernier élément, le ministre Barrette se propose aujourd'hui de faire marche arrière. Ce n'est pourtant pas dans ses habitudes.

Ce n'est pas finalisé, il n'a pas encore signé le document destiné au conseil des ministres, nous assure sa porte-parole.

Espérons qu'il y renonce définitivement. Il a fallu 32 morts à L'Isle-Verte pour que le Québec se décide à imposer les gicleurs que les coroners réclamaient depuis près de 20 ans. N'attendons pas d'autres morts pour mettre le personnel nécessaire à une évacuation en cas d'incendie.

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