Sommet sur l'alimentation : il n'y a pas que les consommateurs

« Il ne faudrait pas oublier que le secteur... (Photo Bernard Brault, Archives La Presse)

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« Il ne faudrait pas oublier que le secteur bioalimentaire a généré une balance commerciale positive presque tous les ans depuis 1997. Il y a un potentiel à saisir à l'extérieur de la province, et en ces temps de croissance anémique, ce n'est pas à dédaigner », estime Ariane Krol.

Photo Bernard Brault, Archives La Presse

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Comment le Québec devrait-il développer son potentiel agroalimentaire ? Pour se faire une tête, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation veut d'abord entendre les consommateurs d'ici. Le choix se défend, mais il sera tout aussi important de tenir compte des producteurs et des transformateurs, car c'est sur leurs épaules, et non sur la seule clientèle locale, que repose l'avenir du secteur.

Qu'il est loin, le sommet qui doit mener à la future politique bioalimentaire du gouvernement Couillard...

Il faudra d'abord passer par trois rencontres thématiques qui s'intéresseront, dans l'ordre, aux consommateurs, à l'industrie et, finalement, à l'agriculture et aux pêcheries. Et bien que cette dernière rencontre soit prévue en mai prochain, il faudra attendre jusqu'en novembre pour le sommet, et jusqu'au printemps 2018 pour la politique promise. La démarche aura donc pris un an et demi. Oui, c'est long. Particulièrement pour les producteurs et transformateurs, qui réclament depuis longtemps une stratégie capable de donner une impulsion à ce secteur-clé de l'économie québécoise. Espérons que nous n'attendrons pas en vain. Cette politique devra faire l'objet de mesures concrètes dans le budget de ce printemps 2018, et non pas seulement de promesses durant la campagne électorale qui sera déclenchée quelques mois plus tard.

Les consommateurs québécois achètent une partie importante des aliments produits et transformés ici, et ils sont les principaux clients des marchands locaux. Il est donc important de les entendre, et d'en tenir compte. On ne peut cependant pas se limiter à leur point de vue, pour plusieurs raisons.

D'abord, parce que le portefeuille ne suit pas toujours le porte-voix : les demandes largement exprimées à l'égard de la provenance ou des qualités nutritionnelles des aliments ne se reflètent pas nécessairement dans les achats. Le prix demeure le premier critère, et de plus en plus - 81 % des Québécois disent maintenant en tenir compte, contre 71 % il y a trois ans.

Ensuite, parce que plusieurs enjeux interpellent les Québécois dans un rôle beaucoup plus large, celui de citoyen. C'est le cas de l'utilisation des surplus d'hydroélectricité pour développer la production de légumes en serre, du dézonage des terres agricoles à des fins résidentielles ou de l'utilisation des insecticides néonicotinoïdes qui affectent les abeilles, pour ne citer que quelques exemples.

Et, surtout, parce qu'une partie seulement de la production est vendue aux consommateurs locaux. Y aurait-il moyen de l'augmenter ? En améliorant la disponibilité en épicerie et en instaurant une politique d'achat local pour les établissements publics, certainement. Toutefois, il ne faudrait pas non plus oublier que le secteur bioalimentaire a généré une balance commerciale positive presque tous les ans depuis 1997. Il y a un potentiel à saisir à l'extérieur de la province, et en ces temps de croissance anémique, ce n'est pas à dédaigner. Le ministre s'en dit bien conscient, mais c'est un message qui gagnerait à être entendu davantage.

S'adresser d'abord aux consommateurs est un bon moyen d'intéresser la population à l'exercice, surtout avec un porte-parole comme le cuisinier-vedette Ricardo Larrivée. Il faut cependant espérer que l'intérêt y sera encore en février et en mai prochains, lorsqu'il sera question de production, de transformation et de mise en marché - des enjeux beaucoup plus complexes mais qui sont aussi susceptibles d'avoir des impacts importants pour le citoyen et contribuable.

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