Une tragédie, bien des questions

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« Qu'un accident survenu il y a près de deux jours perturbe encore à ce point le trafic devrait nous inciter à nous poser des questions », écrit notre éditorialiste Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Deux cent mille véhicules, dont pas mal de poids lourds, passent chaque jour sur la Métropolitaine. Le carambolage mortel qui a paralysé cet axe essentiel à la circulation montréalaise soulève des questions sur la place de ceux-ci dans la cité.

Le dernier véhicule impliqué dans l'accident - ce qui restait du camion-citerne calciné - a été retiré de l'autoroute en milieu de journée, mais le parapet de béton écorché, le rail de sécurité tordu et l'asphalte encore imbibé de carburant témoignent de l'ampleur du sinistre. Le ministère des Transports, la Ville, la police et les pompiers ont beaucoup insisté sur leur bonne gestion de la situation et, de fait, rien ne nous permet d'en douter jusqu'ici.

La décision de montrer la scène de l'accident par l'entremise des médias hier midi s'inscrit dans cette gestion de crise : on comprend, en voyant l'état des lieux, qu'il faille du temps pour les rouvrir à la circulation. La voie de desserte en contrebas continuera donc à servir de déversoir pour un temps encore. L'heure de pointe qui a duré toute la journée hier s'y prolongera au moins jusqu'à ce matin.

Qu'un accident survenu il y a près de deux jours perturbe encore à ce point le trafic devrait toutefois nous inciter à nous poser des questions. Trois des quatre véhicules impliqués dans la collision étaient des camions. Et c'est sans compter le cinquième véhicule, un poids lourd, arrêté le premier tout en avant, et qui n'a heureusement pas été heurté. Pourquoi était-il immobilisé ? Que s'est-il passé ensuite ? La police est avare de détails. Il faudra patienter un bon bout de temps avant d'avoir toutes les réponses.

On n'a cependant pas besoin d'une grande enquête pour constater l'omniprésence des camions dans la métropole. Et que cela nous plaise ou non, force est d'admettre qu'ils y sont essentiellement à cause de nous.

De plus en plus de gens habitent dans les grandes régions urbaines - c'est un phénomène mondial et Montréal n'y échappe pas. Il faut bien y apporter les produits et matières dont tous ces résidants ont besoin. La livraison juste-à-temps, qui a beaucoup intensifié ce va-et-vient, est d'ailleurs une réponse directe à nos exigences en matière de consommation.

Le camionnage est aussi une conséquence de notre organisation collective. Une population comme celle du Québec et du reste du Canada, dispersée sur un vaste territoire et pas assez nombreuse pour soutenir l'activité économique par sa seule consommation, n'a pas le choix d'exporter à l'international. Et il s'adonne que notre plus gros client est notre voisin immédiat, les États-Unis.

Par contre, faut-il vraiment qu'autant de poids lourds, y compris ceux qui transportent des matières inflammables ou dangereuses, se déplacent au coeur de nos villes - incluant des sections d'autoroute comme celle où s'est produit l'accident ? Il y a certainement moyen de faire mieux en matière de contournement et de distribution, non pas dans le but utopique de retirer tous les poids lourds des zones centrales, mais pour en réduire la présence autant que possible.

Interrogés en point de presse hier après-midi, le ministre des Transports et le maire de Montréal ont fait valoir la nécessité de rouvrir la Métropolitaine avant de lancer ce genre de débat. Évidemment. Mais dans la liste des priorités, ces questions-là doivent arriver immédiatement après. Il faut se les poser rapidement.

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