Commission sur les femmes autochtones disparues: des vérités qui dérangeront

Des autochtones jouent du tambour en marge du... (PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE)

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Des autochtones jouent du tambour en marge du lancement officiel de l'enquête nationale publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Une autre commission ? Oui, et il était temps. L'enquête nationale lancée hier à Ottawa fera oeuvre utile bien avant de remettre ses recommandations. En entendant les proches des victimes et en convoquant des témoins, la commission braquera les projecteurs sur les origines de la violence et des injustices faites aux femmes autochtones. Une visibilité qui risque de faire grincer bien des dents.

Dire que ces femmes sont surreprésentées parmi les victimes de meurtres est un euphémisme.

De toutes les Canadiennes assassinées entre 1980 et 2012, 16 % étaient des autochtones, alors que ceux-ci constituent moins de 5 % de la population. Elles comptent aussi pour 11 % des femmes disparues.

Pourquoi ? Ce n'est pas le contexte qui manque. On connaît les conditions difficiles dans lesquelles vivent trop d'autochtones, dans les réserves comme en ville - pauvreté, logements inacceptables, système d'éducation et services sociaux déficients, etc. 

Plongez n'importe quel groupe d'humains là-dedans et vous verrez rapidement apparaître des problèmes de décrochage, de violence familiale, de toxicomanie ou de prostitution.

Ajoutez quelques autres couches (le traumatisme des pensionnats autochtones, la Loi sur les Indiens, le fait d'appartenir à une minorité visible) et vous aurez une idée de l'écheveau dans lequel sont prises les autochtones - même les jeunes, même celles qui ne vivent pas dans une situation difficile. Car l'écheveau est aussi dans le regard de l'autre, le 95 % de la population restante qui, jugeant la situation inextricable, a eu tendance à en relativiser et à en minimiser la gravité. La commission aura fort à faire pour désenchevêtrer tout ça.

« L'enquête devra aussi examiner comment le racisme et le sexisme font partie intégrante des institutions censées aider et protéger les femmes et les filles », a souligné la ministre fédérale de la Condition féminine, Patty Hajdu. On pense évidemment aux corps policiers, qui ont maintes fois donné l'impression de prendre les disparitions d'autochtones moins au sérieux que celles de victimes caucasiennes. Heureusement, les cinq commissaires ont pas mal de latitude. Ils pourront notamment convoquer des témoins et exiger des documents. Mais il faudrait aussi qu'ils puissent commander eux-mêmes des rapports, comme le font souvent les commissions. Un examen indépendant du travail policier dans certains cas de disparitions, par exemple, fournirait un précieux éclairage.

En enquêtant sur les responsables de ces violences, les commissaires risquent aussi de croiser pas mal d'autochtones.

En effet, 70 % des meurtriers de femmes autochtones sont eux-mêmes d'origine autochtone. À première vue, ça n'a rien d'étonnant : dans l'ensemble de la population, presque neuf meurtriers sur 10 sont connus de leur victime. Mais dans sa recherche des causes systémiques, la commission n'aura pas le choix de s'interroger sur le rôle joué par des autochtones dans certains types de violences, notamment l'exploitation sexuelle. Et si l'on veut parler des institutions censées aider et protéger les femmes autochtones, il faudra aussi se demander si les règles de certains conseils de bande n'ont pas plutôt pour effet de les rendre plus vulnérables.

Dans un cas comme dans l'autre, ça ne fera pas plaisir aux principaux interpellés. Sauf que si l'on veut vraiment que la situation s'améliore, il faut en exposer toutes les ramifications. Après, seulement, on pourra envisager des recommandations.

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