SAQ : Quand le prix le plus bas ne fait pas loi

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« On ne parle pas seulement de faire plaisir aux clients. L'argent qui est dépensé à la SAQ ne l'est pas ailleurs », souligne Ariane Krol.

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La Société des alcools du Québec (SAQ) ne fait pas tout en son pouvoir pour obtenir les meilleurs prix de ses fournisseurs, signalait récemment la vérificatrice générale (VG). Ça ne l'empêche pas de livrer les profits attendus par l'État, mais le consommateur risque de payer plus cher que nécessaire. Ce n'est souhaitable pour personne.

« Les moyens mis en place par la SAQ afin de favoriser l'obtention des meilleurs prix et des conditions les plus avantageuses peuvent être renforcés », note la vérificatrice générale Guylaine Leclerc dans son rapport publié la semaine dernière.

Il ne s'agit pas seulement des divers leviers que la société d'État pourrait utiliser pour tirer avantage de son immense pouvoir d'achat. La formule qu'elle emploie dans ses appels d'offres ne nous permet pas de savoir si elle obtient les plus bas prix auxquels les fournisseurs auraient été prêts à consentir. Ceux-ci doivent seulement proposer leur produit à un coût qui, après ajout de toutes les charges, taxes et marges prévues, atteindra un prix de détail conforme à la fourchette visée par la SAQ.

La vérificatrice générale ne donne pas d'exemple où les politiques de la société auraient incité des fournisseurs à augmenter leurs prix, mais son homologue ontarien en a débusqué à la LCBO il y a quelques années. Des fournisseurs ayant soumis des prix de gros inférieurs à ceux attendus, la LCBO leur avait demandé de les augmenter.

Plus près de nous, notre collègue Jacques Benoît a révélé, il y a une dizaine d'années, que des employés de la SAQ avaient tenté de convaincre des fournisseurs européens d'augmenter leurs prix pour contrer l'effet de la baisse de l'euro. Le PDG d'alors avait présenté ses excuses à la population, mais la mécanique qui pénalise la société lorsque le prix de gros d'un produit baisse est toujours là. « Plus le prix départ chais* descend, plus la majoration appliquée par la SAQ baisse, ce qui, par le fait même, diminue sa rentabilité », souligne la VG. Elle a donc recommandé à l'organisation d'établir un mécanisme de révision de sa structure de majoration, incluant le recours à ce prix départ chais comme base du prix au détail.

C'est un début, mais guère plus. L'examen nécessaire prendra environ un an, nous dit-on à la SAQ. On ne sait donc pas quand, ni même si, les choses changeront. C'est pour le moins préoccupant.

La SAQ doit livrer un dividende substantiel à l'État, c'est entendu. On s'attend toutefois à ce qu'elle le fasse en détaillant efficace, en achetant sa marchandise au meilleur coût possible pour l'offrir au prix le plus attrayant au consommateur. Ne nous contons pas de peurs : même avec des prix de gros un peu plus bas, l'alcool est tellement grevé de taxes qu'il ne deviendrait pas dangereusement abordable.

On ne parle pas seulement de faire plaisir aux clients. L'argent qui est dépensé à la SAQ ne l'est pas ailleurs. Dans une économie comme la nôtre, qui dépend autant de la consommation des ménages, ce n'est pas négligeable. Un monopole d'État qui ne pratique pas les meilleurs prix possible détourne une partie du pouvoir d'achat qui devrait profiter à d'autres entreprises. C'est un gaspillage qu'on ne devrait pas tolérer.

* Le prix départ chais est un prix de gros qui correspond au prix demandé par le fournisseur pour son produit au sortir de la cave.

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