Univers virtuels, détresse bien réelle

L'entrepreneur Alexandre Taillefer demande à Amazon, propriétaire de... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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L'entrepreneur Alexandre Taillefer demande à Amazon, propriétaire de la plateforme sociale Twitch, d'utiliser ses capacités technologiques pour détecter et référer les messages de détresse.

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Bouleversé de voir que les messages de détresse émis par son fils sur la plateforme sociale Twitch étaient restés sans réponse, l'entrepreneur Alexandre Taillefer a décidé de s'attaquer au coeur du problème. Il demande à la multinationale Amazon, propriétaire de Twitch, d'utiliser ses capacités technologiques pour détecter et référer ce type de message. Effectivement, cela s'impose, et pas seulement sur cette plateforme.

L'entrevue diffusée dimanche à l'émission Tout le monde en parle a commencé avec l'homme d'affaires mais à la fin, il n'y avait que le père. Si le pilote du projet de taxis électriques Téo a accepté de parler du suicide de son fils de 14 ans, c'est qu'il s'est donné une mission.

« Notre intention est d'envoyer une lettre expliquant les faits et de demander à ce qu'Amazon mette en place une politique très claire, des outils de détection et des liens avec des organismes de soutien et/ou les parents », nous a précisé M. Taillefer.

De cet enfant qui ne leur avait jamais exprimé d'intentions suicidaires, ses parents n'ont retrouvé qu'un mot, « bye », inscrit sur un post-it numérique à l'écran de l'ordinateur où il passait de 35 à 40 heures par semaine.

C'est seulement en explorant cette boîte noire que le reste a émergé : un message explicite envoyé en mai dernier à un diffuseur de la plateforme Twitch, et d'autres signaux préoccupants émis ultérieurement par le même canal.

Twitch se définit comme « la plus grande plateforme de vidéo sociale et communauté pour joueurs au monde ». Plus de 100 millions de membres y regardent et commentent des jeux vidéo présentés par quelque 1,7 million de diffuseurs, indique son site internet.

« Twitch prend les comportements autodestructeurs très au sérieux », assure un porte-parole de l'entreprise par courriel, en précisant qu'une équipe de modération a pour mandat de les signaler en tout temps. Tous les rapports sont examinés et lorsqu'ils s'avèrent, des mesures allant jusqu'à la fermeture des canaux sont prises, souligne-t-il.

D'après ce que nous avons pu voir, ce cas-là est passé entre les mailles. Le système de détection parfait n'existera sans doute jamais, mais il y a certainement moyen de faire mieux. Alexandre Taillefer, qui a bâti une succession d'entreprises numériques et investi dans une boîte spécialisée dans l'analyse de données, s'attend à davantage d'une société comme Amazon, passée maître dans la déduction de vos envies. « Je suis convaincu que l'analyse de l'utilisation qu'une personne fait de son ordinateur est la meilleure façon de détecter un comportement suicidaire. Juste avec ce qu'il va visiter, comment il va échanger avec les gens, il est possible d'identifier des comportements à risque », fait-il valoir.

On verra ce qu'Amazon fera de cette perche qui lui est tendue. En attendant, nous croyons qu'il faut en finir avec cette distinction factice entre le réel et le virtuel. Quand vous passez de 35 à 40 heures par semaine à interagir en ligne, il s'agit d'une part non négligeable de votre réalité. Et pour les exploitants de ces espaces, cela a des implications bien réelles - tout comme les sommes qu'ils en retirent, d'ailleurs.

Or, pas mal tout le monde au Québec est aujourd'hui conscient qu'un propos suicidaire ou alarmant, même voilé, ne doit pas être pris à la légère - quitte à se tromper ou à avoir l'air de surréagir. Alors pourquoi les canaux de socialisation en ligne feraient-ils autrement ?

Facebook et Twitter ont des pages de référence à l'intention des usagers inquiets d'un comportement. Leurs stratégies ne sont pas parfaites et ont été critiquées, mais au moins elles encouragent et légitiment la vigilance de leurs membres. C'est, au minimum, ce que devraient faire toutes les plateformes. « Si j'avais eu le moindre doute que Thomas avait un comportement suicidaire, c'est évident que ça se serait passé comme ça », dit son père, la voix brisée par l'émotion. Hélas, son message le plus explicite a été envoyé en réponse à un accusé de réception automatique d'un joueur-diffuseur, que le jeune n'avait pas reconnu comme tel. Peut-on imaginer un cri dans le désert plus tragique ?

L'appel aux dons lancé par l'entrepreneur en faveur de la Fondation Tel-jeunes a généré des sommes importantes qui devraient aider à rejoindre des adolescents dans des communautés en ligne moins connues. Cela dit, la prévention serait pas mal plus facile si, dans la vraie vie, la dépression et les problèmes de santé mentale ne faisaient pas l'objet d'un tel tabou. Convaincu que cela explique en partie le silence son fils, Alexandre Taillefer se fait un point d'honneur de mentionner qu'il a lui-même consulté. « Tant qu'on ne parlera d'aller voir un psychologue ou un psychiatre de la même façon qu'on se vante d'aller au gym, on fera face à des enjeux », dit-il.

À quand un mot-clic viral du genre #consultationbienavisée sur les réseaux sociaux ?

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