La preuve par l'infirmière

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« L'ajout de cliniques infirmières dans le réseau public ne réglerait pas tout, mais permettrait d'offrir des soins dans des secteurs mal servis », indique Ariane Krol.

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Québec a beau ne rien vouloir entendre, la coopérative SABSA, à Québec, et des initiatives privées font la démonstration éclatante que des cliniques infirmières peuvent contribuer efficacement aux soins de première ligne.

L'Ontario, on le sait, a depuis longtemps fait sien le modèle. Le réseau public compte au moins 25 de ces cliniques dirigées par du personnel infirmier praticien, où quelque 50 000 patients inscrits ont accès à une gamme complète de soins de première ligne, des petits maux courants au suivi des maladies chroniques.

Le système de santé québécois, qui ne manque pourtant pas de patients orphelins, n'a jamais encouragé ce genre de formule. La fameuse clinique SABSA, créée et portée à bout de bras par des infirmières, a reçu de l'argent d'un projet pilote de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et du Mouvement Desjardins. Si aucune autre source de financement ne prend le relais, elle risque de fermer dans moins de deux mois. Ce serait d'une grande tristesse pour sa clientèle déshéritée qui, bien qu'ayant besoin de soins, n'ira pas en chercher dans les établissements traditionnels.

Et ce serait une perte pour l'évolution du réseau de la santé, qui se verrait privé d'une démonstration éloquente - c'est-à-dire qu'une clinique infirmière peut répondre à des besoins non comblés, à des coûts apparemment très raisonnables.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette, qui refuse de financer SABSA à l'extérieur de la structure et des murs d'un GMF, ne pleurerait pas sa fermeture. À la limite, celle-ci lui enlèverait un caillou dans le soulier. Sauf que le modèle de la clinique infirmière ne disparaîtra pas du paysage québécois. Au contraire, il y entre en force... par la porte du privé.

De telles cliniques ont déjà pignon sur rue dans les régions de Québec, de Lanaudière et des Laurentides, et d'autres projets sont à l'étude. Interrogé, le ministre a dit qu'il n'avait pas à commenter ce qui se fait au privé puisque son secteur d'activité est le public.

Il devrait néanmoins s'y intéresser, car ces établissements montrent : 

1- que des Québécois sont prêts à faire confiance à une clinique infirmière - au point de payer pour s'y faire soigner ;

2- qu'il est possible d'offrir des soins de première ligne à coût moindre - à en juger par les tarifs des cliniques infirmières privées, souvent inférieurs à ceux de médecins pratiquant en dehors du système public ;

3- que des infirmières, cliniciennes et des praticiennes spécialisées (IPS) y trouvent une pratique plus stimulante, qui leur permet d'exercer des compétences inutilisées au public.

Ce dernier point est le plus embarrassant pour notre système de santé.

Cela fait des années que des infirmières se plaignent de ne pas pouvoir utiliser leur plein potentiel - une situation maintes fois dénoncée dans nos pages. Mais que des IPS, dont on nous a tant vanté l'autonomie, vivent les mêmes frustrations, y compris dans des groupes de médecine familiale (GMF), est sidérant.

Il y a aussi des IPS qui, tout en pratiquant à temps plein au public, ouvrent une clinique privée parce que le système ne leur permet pas de travailler plus d'heures. Il y en aurait même qui retournent à des postes de clinicienne parce qu'elles y gagnent davantage.

En campagne électorale il y a deux ans, le Parti libéral avait promis de former 2000 IPS de plus. Pour l'instant, le Québec n'en compte que 365 - avec un potentiel de 265 de plus si on ajoute toutes les candidates, les stagiaires et celles qui sont en formation. Mais quel message leur envoie-t-on à l'heure actuelle ? Il y a encore des difficultés à trouver des stages, nous dit-on.

Plus de 80 % des IPS sont destinées à la première ligne. L'ajout de cliniques infirmières dans le réseau public ne réglerait pas tout. Mais cela permettrait d'offrir des soins dans des secteurs mal servis, tout en envoyant un signal fort en faveur de la profession. Qu'est-ce qu'on a à perdre ?

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