Chers docteurs...

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« Aujourd’hui, c’est vous, les médecins, qui êtes dans la ligne de mire », écrit Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Jamais les médecins n'ont été aussi ouvertement critiqués au Québec, et leurs conditions de rémunération y sont pour beaucoup dans la grogne populaire. Au point que plusieurs d'entre eux s'en inquiètent, ou se sentent blâmés injustement. Chers médecins, ce n'est pas vos qualités professionnelles qui sont en cause, mais la difficulté d'y avoir accès.

Un Québécois sur quatre n'a pas de médecin de famille. Ajoutez ceux qui en ont un, mais n'arrivent pas à le voir, et ceux qui n'arrivent pas à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, et vous aurez une bonne idée du niveau d'insatisfaction général.

Cette frustration devant l'incurie du système n'est pas nouvelle. Au fil des ans, elle a ciblé tour à tour :

- le gouvernement, lorsqu'il a plafonné les revenus en cabinet et réduit les admissions en médecine ;

- les innombrables fonctionnaires du réseau de la santé, accusés d'accaparer une trop grande part des budgets ;

- les hôpitaux qui laissent les malades croupir aux urgences ;

- les individus qui, abusant de la gratuité du système, multiplient les consultations inutiles.

Aujourd'hui, c'est vous, les médecins, qui êtes dans la ligne de mire.

Les juteuses augmentations négociées par vos fédérations syndicales sont entrées en vigueur à un bien mauvais moment. Le gouvernement ayant freiné la croissance des dépenses en santé pour boucler son budget, vos augmentations ont représenté une part démesurée de cette maigre hausse.

Et surtout, les Québécois n'ont vraiment pas l'impression d'en avoir pour leur argent. Que voulez-vous, docteurs, vous êtes incontournables.

Pour recevoir des soins dans le système public de santé, il faut passer par vous. Vous êtes la porte d'entrée. Et cette porte d'entrée, pour plusieurs, demeure obstinément fermée.

Ne vous sentez pas visés personnellement. On le sait, plusieurs d'entre vous n'acceptent pas de nouveaux patients parce qu'ils en ont déjà plus que de raison, ou parce que leur liste d'attente dépasse les 12 mois. Vous devez comprendre, toutefois : à force de se cogner le nez à des portes fermées, on finit par s'en prendre aux portes elles-mêmes.

Plus encore que la frustration, il y a le sentiment de trahison. Pour justifier le fameux rattrapage salarial accordé à vos fédérations syndicales, rappelez-vous, le gouvernement a lourdement insisté sur les gains que la population en retirerait. « Les citoyens du Québec sont les grands gagnants de ces négociations. Ces ententes respectent non seulement la capacité de payer des contribuables, mais elles permettent d'améliorer les services offerts et l'accès aux soins », claironnait le Conseil du trésor en 2011. Pouet !

En fait, le Québec ne s'est jamais donné les moyens de voir si les mesures incitatives négociées amélioraient vraiment l'accès, a révélé le Vérificateur général l'an dernier. Et il y en a pour des centaines de millions de dollars. Le gouvernement n'a pas veillé aux intérêts des patients, et vos syndicats ont eu le beurre et l'argent du beurre. Bravo, mais il ne faut pas s'attendre à avoir le sourire de la crémière en prime.

Le problème, docteurs, ce n'est pas tant que votre rémunération ait augmenté. C'est que ça n'ait rien réglé. Quelqu'un a-t-il une meilleure idée ?

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