Tirs croisés

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« Avec ce registre, les chasseurs québécois seront les seuls au pays à devoir enregistrer leurs armes d'épaule. Faut-il s'étonner que plusieurs s'y opposent ? », se questionne notre éditorialiste.

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Les chasseurs opposés au registre québécois des armes d'épaule ne réussiront sans doute pas à faire reculer le gouvernement. L'incapacité notoire de la province en matière de chantiers informatiques leur donne cependant des munitions. Le projet peut-il vraiment être réalisé avec les sommes annoncées ? Le gouvernement Couillard devra en faire une démonstration convaincante et donner des garanties.

La belle unanimité dont l'Assemblée nationale avait fait preuve jusqu'ici se lézarde. Dans les trois principales formations, des députés, interpellés par leurs électeurs, hésitent maintenant à appuyer le projet de loi sur l'immatriculation des armes à feu déposé en décembre dernier. Ce retour du balancier n'a rien de surprenant.

Avec ce registre, les chasseurs québécois seront les seuls au pays à devoir enregistrer leurs armes d'épaule. Faut-il s'étonner que plusieurs s'y opposent ? Rappelons qu'ils n'ont rien fait pour mériter un tel traitement. Ils ne se sont pas montrés plus dangereux ni plus irresponsables que les autres.

Certes, il existe des arguments pour un tel système. Les corps policiers y voient un outil utile, les groupes qui réclament un meilleur contrôle des armes à feu aussi. On serait toutefois bien en peine d'en prouver la nécessité par un raisonnement de cause à effet. Sauvera-t-il ne serait-ce qu'une seule vie ? Cela reste à démontrer.

La justification est avant tout historique. Le drame de Polytechnique a mobilisé les esprits en faveur de l'enregistrement. La destruction des données télécommandée par le gouvernement Harper a resserré les rangs.

Entre les Québécois favorables au registre et ceux qui n'y voient pas d'inconvénient, l'irritation des chasseurs ne fait pas le poids.

Leurs critiques sur les coûts d'un tel système ne doivent cependant pas être ignorées, car de nombreux contribuables partagent la même préoccupation. À juste titre. Le bilan de l'État en matière d'informatisation n'a rien de rassurant.

Selon l'administration Couillard, ce registre coûtera 17 millions à mettre en place et 5 millions par an à maintenir. C'est beaucoup en période d'austérité, mais peu par rapport aux hypothèses qui avaient circulé. Québec est-il vraiment capable de mettre le doigt dans cet engrenage sans y laisser sa chemise ? Le gouvernement doit faire la preuve qu'il s'en tiendra au budget annoncé. C'est d'autant plus important qu'il a promis la gratuité de l'enregistrement. En cas de dépassement de coûts, la tentation sera grande de refiler la facture aux propriétaires d'armes, ce qui serait vraiment un comble.

Au fil des ans, l'Assemblée nationale a adopté près d'une dizaine de motions unanimes en faveur du maintien des données fédérales. Il s'agissait alors d'envoyer un signal fort devant l'adversité. Le nouveau registre ne suscite pas le même élan. Au PQ comme au PLQ et à la CAQ, des députés des régions se sentent très mal à l'aise d'appuyer ce système dont leurs électeurs ne veulent pas. Au lieu de chercher à recréer une apparence d'unanimité, les partis devraient opter pour un vote libre sur ce projet de loi, et laisser chacun voter selon sa conscience.

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