Sécuriser sans paralyser

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La police française surveille un train Thalys à Arras, samedi dernier dans le nord du pays, au lendemain de l'attentat déjoué.

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Rendre la sécurité ferroviaire aussi contraignante que la sécurité aérienne n'est ni réaliste ni souhaitable en Europe.

Moins de 24 heures après qu'un présumé terroriste a été maîtrisé de justesse à bord du train Thalys Amsterdam-Paris, un sénateur français appelait à « sécuriser les voyageurs à bord de chaque train comme pour les vols aériens, quel que soit le coût ». Lundi, la ministre française Ségolène Royal et la ministre belge Jacqueline Galant ont évoqué l'idée d'installer des portiques de sécurité pour les trains qui traversent des frontières.

Les réflexions à chaud et à voix haute sont normales après un tel événement. Les décisions, par contre, ne doivent pas être prises à la légère. De telles mesures seraient lourdes de conséquences.

Le train, on le sait, joue un rôle autrement plus névralgique en Europe qu'ici. Le trafic ferroviaire est 20 fois plus important que l'aérien, a souligné le président de la SNCF dimanche.

Les spécialistes de la sécurité cités dans la foulée des événements sont quasi unanimes : étanchéifier l'accès partout, sur le modèle de l'Eurostar, est difficilement envisageable. Infrastructures, exploitation, attente : les coûts seraient démesurés. Et la stratégie pourrait avoir des effets indésirables. Comme le fait remarquer l'analyste en terrorisme Stéphane Berthomet, on risque, à terme, de repousser le problème vers d'autres zones moins sécurisées, comme les grands magasins, les centres commerciaux et les places publiques.

Que faire ? Le renseignement a ses limites. Et même si on améliorait la formation du personnel des trains, on ne peut s'attendre à ce que de simples employés jouent les sauveurs. Six passagers l'ont fait vendredi soir, et on leur doit une fière chandelle, mais il faut être conscient que le courage n'est pas garant du succès. Par chance, deux d'entre eux, des soldats de retour d'Afghanistan, étaient mieux préparés à affronter une telle situation. Mais on ne peut pas s'attendre à ce que la cavalerie arrive toujours à temps.

Les attentats ferroviaires passés ont suscité des réponses variées en Europe. L'Espagne a imposé des contrôles d'embarquement et de bagages plus serrés pour quelques grandes gares et trajets de longue distance. L'Angleterre a renforcé la surveillance dans les gares, demandé au public de signaler les comportements louches et augmenté les contrôles aléatoires.

Les annonces officielles faites en France penchent vers cette deuxième approche. Malgré la formulation maladroite du secrétaire d'État chargé des transports (« Je préfère qu'on discrimine pour être efficace »), les contrôles aléatoires constituent la mesure la plus appropriée à la situation - à condition de cibler les bagages et le comportement, et non le faciès. Après tout, c'est la vue d'un homme entré et resté longtemps aux toilettes avec sa valise qui a d'abord éveillé les soupçons de Mark Moogalian, le deuxième passager à avoir tenté de le désarmer.

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