Quand la police abuse du langage

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Le maire de Blasio n'a fait que déclarer en public ce qui se dit dans des milliers de foyers américains. Dans ce pays, la couleur de peau n'est pas neutre.

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Les policiers qui tournent le dos au maire de New York au moment où celui-ci rend hommage à leurs disparus alimentent le cliché d'une force obtuse, incapable de discernement. C'est un jeu dangereux qui doit cesser.

L'heure était au recueillement samedi dernier dans le Queens. Les funérailles de Rafael Ramos, l'un des deux agents assassinés dans leur véhicule de patrouille 10 jours plus tôt, avaient attiré des collègues de partout aux États-Unis. Ils étaient des milliers à suivre la cérémonie sur des écrans géants à l'extérieur de l'église. Ils ont été plusieurs centaines à tourner le dos lorsque Bill de Blasio a prononcé son éloge funèbre.

C'était la deuxième fois que des policiers la Ville infligeaient ce traitement au maire. Ils avaient fait la même chose lorsqu'il s'était présenté à la conférence de presse qui avait suivi la mort des deux agents. Dans les deux cas, pourtant, Bill de Blasio a exprimé beaucoup de soutien à l'égard des disparus et des forces de l'ordre. Si la première manifestation d'hostilité était disgracieuse, la seconde était carrément déplacée.

La seule chose qui intéresse ces policiers est de faire payer le maire pour d'autres déclarations, faites au début du mois, lorsqu'un grand jury avait décidé de ne pas porter d'accusation contre l'agent impliqué dans la mort d'Eric Garner. Bill de Blasio, on s'en souvient, avait alors raconté comment lui et sa femme avaient dû enseigner à leur fils afro-américain comment se comporter pour ne pas avoir de problème.

Le président du syndicat des agents est grimpé dans les rideaux, l'accusant d'avoir sacrifié la police à ses intérêts. L'escalade s'est poursuivie à la mort des deux agents. Patrick Lynch a littéralement collé au plafond. Plusieurs ont du sang sur les mains et ça commence au bureau du maire, a-t-il affirmé.

Certes, le contexte est extrêmement tendu. Des cris de «mort aux flics» se sont fait entendre dans des marches dénonçant le travail des policiers, et le meurtrier des agents new-yorkais avait laissé entendre qu'il agissait par vengeance. Sauf que le prétexte est bien mal choisi.

Le maire de Blasio n'a fait que déclarer en public ce qui se dit dans des milliers de foyers américains. Dans ce pays, la couleur de peau n'est pas neutre. Si la vôtre se trouve dans une certaine palette et qu'en prime, vous êtes de sexe masculin, être honnête ne vous met pas à l'abri d'une interpellation policière susceptible de mal tourner.

Il suffit de revoir ces propos dans leur contexte; on y cherchera en vain une incitation à la violence. En leur prêtant un sens qu'ils n'ont pas, le syndicat perpétue l'un des pires travers de la culture policière: réagir de façon excessive à une perception déformée de la réalité. Cette attitude bornée a servi de prétexte à d'innombrables abus. Et elle fait plus de tort aux forces de l'ordre que n'importe quel commentaire de politicien.

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