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Le lancement d'Espacejeux il y a près de... (Alain Roberge, Archives La Presse)

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Le lancement d'Espacejeux il y a près de quatre ans a permis à Loto-Québec de capter des revenus qui lui échappaient totalement, mais a raté son objectif de « canaliser l'offre », écrit notre éditorialiste.

Alain Roberge, Archives La Presse

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Ni les craintes ni les espoirs suscités par la plateforme Espacejeux de Loto-Québec ne se sont avérés, nous apprend le Groupe de travail sur le jeu en ligne. Par contre, le défi d'éradiquer le jeu illégal reste entier.

« Il n'y a eu ni hausse du nombre de joueurs ni hausse des conduites à risque et des problèmes associés au jeu en ligne », confirme le rapport publié il y a quelques jours. La catastrophe redoutée n'a pas eu lieu, tant mieux. Sauf que les bénéfices attendus ne sont pas au rendez-vous non plus.

Certes, le lancement d'Espacejeux il y a près de quatre ans a permis à Loto-Québec de capter des revenus qui lui échappaient totalement. Le jeu en ligne a amené 42 millions de dollars au moulin de la société d'État l'an dernier. Elle en attend 50 millions cette année. Toutefois, pour ce qui est de « canaliser l'offre » et « encadrer efficacement la consommation », comme elle l'énonce dans sa stratégie, on est loin du compte.

Seulement 22 % des Québécois amateurs de jeux de hasard et d'argent en ligne avouent miser uniquement sur Espacejeux. Autrement dit, 78 % de la clientèle fréquente des sites illégaux, puisque la plateforme étatique est la seule qui soit légale. La pente à remonter est donc considérable, et la nature du terrain ne facilite en rien l'exercice.

Une intervention musclée auprès des fournisseurs d'accès internet ou des institutions financières pour empêcher les Québécois de dépenser leur argent sur d'autres sites qu'Espacejeux est hors de question.

La seule façon pour la société d'État de reprendre le dessus serait d'offrir elle-même ce que les consommateurs recherchent. Dans le cas du poker en ligne, par exemple, il faudrait un plus grand bassin de joueurs. C'est pourquoi une ouverture contrôlée à des exploitants privés, à l'aide de licences comme le recommande le groupe de travail, nous semble la meilleure approche.

Le problème, c'est que le Code criminel (fédéral) ne permet pas aux provinces d'émettre de telles licences. Le ministre des Finances a écrit à ses homologues, mais ce genre de tractations met toujours du temps à donner des résultats.

À terme, le Québec se trouvera sans doute des alliés, car toutes les provinces vont se buter à la même réalité. En Saskatchewan, l'entreprise autochtone qui avait ouvert le premier site de jeu en ligne de la province vient de le fermer faute de rentabilité. L'Ontario, qui lancera bientôt sa propre plateforme dans son marché estimé à près de 500 millions de dollars, risque de déchanter en voyant la part de revenus qui continue à lui échapper.

En attendant, Québec envisage d'offrir les jeux d'autres exploitants par l'entremise d'un portail - une solution plus légère aussi proposée dans le rapport. Ce serait un bon début, à condition de sévir contre les entreprises qui feraient fi de ce nouveau cadre. Le ministre des Finances est-il prêt à prendre les moyens nécessaires pour récupérer les revenus du jeu en ligne qui lui échappent ?

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