Où s'arrêtera la police?

Si un urgentiste peut être poussé contre un... (Image tirée d'une caméra de surveillance du Centre hospitalier de Lachute, extrait obtenu par le Journal de Montréal.)

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Si un urgentiste peut être poussé contre un mur, menotté et arrêté en plein quart de travail pour avoir refusé de donner une information protégée par la loi, qui peut se sentir à l'abri d'un tel traitement?

Image tirée d'une caméra de surveillance du Centre hospitalier de Lachute, extrait obtenu par le Journal de Montréal.

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Vous souvenez-vous de l'arrestation brutale d'un médecin à l'urgence de l'hôpital de Lachute? Les deux policiers de la Sûreté du Québec (SQ) viennent d'être blâmés pour arrestation illégale et utilisation illégale de la force. On est heureux de l'entendre. L'épisode n'en est pas moins inquiétant.

Le fait que Michel El-Khoury et Simon Jetté allaient dans un hôpital «aurait dû suffire à tempérer les ardeurs des policiers. Ils ne se rendaient pas dans un repaire de criminels», rappelle le Comité de déontologie policière. Qu'il faille rappeler une telle évidence donne envie de hurler.

Si un urgentiste peut être poussé contre un mur, menotté et arrêté en plein quart de travail pour avoir refusé de donner une information protégée par la loi, qui peut se sentir à l'abri d'un tel traitement?

On aimerait se rassurer à l'idée que le comité de déontologie a remis les pendules à l'heure. Mais il faut voir ce qu'il a fallu de preuve pour y parvenir.

L'arrestation, on s'en souvient, avait été filmée par les caméras de surveillance de l'hôpital. La diffusion de cet extrait choquant avait mis de la pression sur la police, et rendu les faits impossibles à nier. Il a néanmoins fallu cinq versions concordantes d'employés de l'hôpital pour convaincre le comité de ne pas retenir la version mensongère des policiers. Combien de victimes des forces de l'ordre peuvent compter sur une source vidéo neutre et autant de témoins crédibles? Encore là, ce n'est pas très rassurant pour le citoyen moyen.

Les policiers sont-ils conscients des traumatismes qu'engendrent leurs abus de pouvoir? Le Dr Sirzyk, à qui nous avons parlé, en est encore bouleversé près de trois ans plus tard. Après avoir démissionné de l'hôpital de Lachute, il a dû arrêter de travailler durant des mois, à ses frais. Il pratique aujourd'hui en Ontario. Une infirmière de l'urgence a été en arrêt de travail. Sans oublier que personnel soignant et les policiers ont souvent à travailler ensemble. La relation, qui avait toujours été bonne à Lachute, a mis du temps à se rétablir.

Depuis, le Collège des médecins a publié un aide-mémoire pour aider tout le monde à s'y retrouver rapidement dans les questions de renseignements personnels et de secret professionnel. Bonne initiative. Le problème, toutefois, va bien au-delà.

L'ignorance des policiers n'excuse rien. Dans la situation, elle était inacceptable, a établi le comité de déontologie, en soulignant qu'ils ont manqué de jugement et agi avec précipitation.

Nous irons plus loin. Même si le médecin avait eu l'obligation légale de renseigner les policiers, leur intervention n'aurait pas été plus acceptable. Entre le moment où ils sont débarqués à l'urgence et celui où ils ont plaqué le Dr Sirzyk au mur, il s'est écoulé 32 secondes. Même si le médecin avait voulu faire entrave, il n'en aurait pas eu le temps.

Reste à voir quelle sera la sanction. Une punition timide serait non seulement insultante, mais elle banaliserait ce comportement aux yeux de l'ensemble des policiers. Et de la banalité à la normalité, il n'y a qu'un pas.

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