Le système n'excuse pas tout

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Si un médecin a des centaines de vies entre ses mains, le patient, lui, n'en a qu'une seule.

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Même si la pénurie de médecins et la surcharge de travail augmentent les risques d'erreur, elles ne rendent pas la négligence plus acceptable, a heureusement rappelé le conseil de discipline du Collège des médecins cette semaine.

Lors d'une coloscopie, on vous enlève un polype qui est envoyé au labo. Verdict du pathologiste: tumeur cancéreuse. Malheureusement pour vous, ce rapport n'aura pas de suite. Le gastroentérologue, s'étant fait dire par sa secrétaire qu'il manque au dossier, décidera de s'en passer. Quatre ans plus tard, on vous trouvera une grosse tumeur nécessitant une chirurgie colorectale.

Personne ne devrait subir un tel cauchemar. Le patient, qui ne peut être identifié, est finalement mort des suites d'un cancer du rectum. Le gastroentérologue Jean-René Lachance, de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, vient d'être condamné à deux mois de radiation. Il avait l'obligation d'obtenir le rapport du pathologiste, souligne le conseil de discipline.

Bien que le manque de médecins et la pratique de plus en plus rapide puissent augmenter le risque d'erreur, «l'intimé aurait pu agir autrement au lieu de se fermer les yeux en se déculpabilisant et en mettant la faute sur sa secrétaire», note la décision sur sanction.

La pénurie, la charge de travail et la lourdeur de la pratique des médecins ont été évoquées comme circonstances atténuantes à plusieurs reprises dans des cas de fautes professionnelles au cours des dernières années. Sans succès, heureusement.

Enquête après enquête, les Québécois se disent généralement très satisfaits de la qualité des soins. C'est l'accès au système qui pose problème. On ne va quand même pas laisser ce qui cloche devenir la norme et tirer tout le reste vers le bas.

Le chef du département de gastroentérologie de Maisonneuve-Rosemont est venu témoigner aux représentations sur sanction. ll a fait valoir que son service était déjà en sous-effectif et qu'une radiation trop longue causerait des annulations et augmenterait l'attente. Ce sera peut-être le cas. Mais une sanction allégée, qui minimiserait la faute dans l'esprit de la communauté médicale, serait tout aussi nuisible, et ce, pour l'ensemble des patients.

Notre propos n'est pas d'accabler le Dr Lachance qui, après 31 ans de pratique, avait jusqu'ici un dossier disciplinaire vierge et est considéré comme une référence dans la profession. La négligence qui lui est reprochée n'est pas une attitude généralisée, mais un geste isolé.

Sauf que l'événement n'est pas banal. Avec ce que le pathologiste avait découvert, le suivi recommandé aurait dû être de trois ans, et non de cinq. La victime serait-elle encore en vie aujourd'hui? Cela n'a pas été établi, car les conséquences n'entrent pas en jeu dans les causes déontologiques. Le patient serait aujourd'hui en pleine forme que le manquement aurait dû être jugé avec la même rigueur. Reste, comme l'a indiqué le syndic du Collège des médecins, que cette négligence a mis la vie du patient à risque. C'est le moins qu'on puisse dire.

Si un médecin a des centaines de vies entre ses mains, le patient, lui, n'en a qu'une seule. C'est une équation élémentaire qu'on ne devrait jamais perdre de vue.

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