Déni d'autonomie

Combien de personnes vulnérables se voient soumises à... (Photomontage La Presse)

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Combien de personnes vulnérables se voient soumises à des directives absurdes qui, en plus de menacer leur dignité, risquent de les transformer en fardeau pour la société?

Photomontage La Presse

Un quadriplégique forcé de déménager pour rassurer les autorités. Une quasi-centenaire privée de courrier à domicile. Ces deux histoires récentes illustrent le peu d'importance accordée à l'autonomie de personnes vulnérables. Ce devrait pourtant être une priorité lorsque vient le temps de prendre des décisions administratives.

Dans le premier cas, on a évoqué le renforcement des exigences en cas d'incendie pour obliger un résidant de Granby à quitter son appartement pour une simple chambre. Dans le second, une dame de 99 ans a dû se soumettre à des démarches laborieuses pour prouver qu'être forcée de marcher jusqu'à une boîte postale été comme hiver n'est pas une bonne idée.

La première histoire a été rapportée par La Voix de l'Est dans nos pages samedi dernier. La seconde par Radio-Canada, hier matin.

On ne parle pas de «bénéficiaires» réclamant des services supplémentaires. Ces simples citoyens n'ont demandé qu'une chose aux pouvoirs publics: ne pas tout piétiner avec leurs gros sabots.

Postes Canada a du personnel chargé de trouver des solutions pour les personnes ayant des problèmes de mobilité, mais il fallait valider la condition de la résidante de Bois-des-Filions, nous a-t-on expliqué. Le hic, c'est que l'extrait de naissance et le baptistère sont jugés trop sensibles, et qu'un certificat de médecin, ça coûte des sous - pour ne rien dire de l'encombrement du système. Finalement, Madame Sigouin pourra recevoir son courrier chez elle une fois par semaine, promet Postes Canada.

Monsieur Tremblay n'a pas eu cette chance. Même un engagement de ne pas tenir le centre de santé et de services sociaux responsable en cas de sinistre n'a pas suffi. Impossible de rester dans le logement qu'il occupait depuis près de 10 ans. Il a fini par s'en aller, mais pas là où le voulait le placer. À la mi-septembre, il s'est suicidé. «Je ne mourrai pas dans un incendie, mais vous devrez dormir avec les conséquences», a-t-il écrit dans sa dernière lettre très critique envers la bureaucratie.

Pour une dame qui refuse de s'exposer à une chute, pour un monsieur indigné jusqu'à son dernier souffle, combien de personnes vulnérables se voient soumises à des directives absurdes qui, en plus de menacer leur dignité, risquent de les transformer en fardeau pour la société? Même si on en entend peu parler, on devrait s'en préoccuper - si ce n'est par empathie, au moins par calcul. Car enfin, quand une dame de 99 ans se sera cassé une hanche ou un paraplégique aura perdu davantage d'autonomie, qu'aura-t-on gagné au juste?

Les pouvoirs publics devraient s'astreindre au premier principe d'Hippocrate: «au moins, ne pas nuire». Pour cela, il faut savoir quand protéger les gens, et quand leur permettre de consentir à des risques qu'ils jugent acceptables.




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