Paralysés par l'Ebola

Les États qui ont la capacité de changer... (Photo Dominique Faget, Agence France-Presse)

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Les États qui ont la capacité de changer la donne semblent faire le pari que l'épidémie s'essoufflera avant de les atteindre. Les prochains mois leur donneront peut-être raison... du moins pour cette fois.

Photo Dominique Faget, Agence France-Presse

La pire épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola jamais recensée est en train de devenir hors de contrôle. Et pourtant, ça ne se bouscule pas sur le terrain pour l'enrayer. L'inertie de la communauté internationale devant cette horreur dépasse l'entendement.

« Ce n'est pas une maladie africaine. C'est un virus qui menace toute l'humanité », a souligné cette semaine une conseillère spéciale du président Obama, Gayle Smith.

Puisse-t-elle être entendue. L'abîme qui sépare les conditions de vie occidentales de celles d'un pays comme le Liberia y est en effet pour beaucoup dans l'indifférence actuelle. L'Ebola fait peur, mais c'est une peur qu'on réussit à tenir à distance. Les nations dites développées, n'ayant pas de raison de croire que la maladie s'apprête à frapper à leurs portes, ne ressentent pas l'urgence d'arrêter sa propagation. Voilà qui pourrait un jour nous coûter cher.

Non, rien pour l'instant ne permet de croire que la contagion s'en vient vers nos contrées climatisées. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), après avoir décrété une « urgence de santé publique de portée mondiale » au début août, s'en tient au langage diplomatique. La présidente internationale de Médecins sans frontières, qui ne s'est pas gênée pour informer l'Organisation des Nations unies des cadavres pourrissant dans les rues du Sierra Leone, ne crie pas au loup non plus. Avec raison. Tirer de façon intempestive sur la sonnette d'alarme n'est jamais une bonne idée. C'est inciter le public à vous ignorer toujours davantage.

La réponse actuelle n'est pas pour autant adéquate. À part discuter au sommet, les pays industrialisés consacrent l'essentiel de leurs efforts à la recherche de traitements et de vaccins. Cette démarche, aussi importante soit-elle, ne règlera pas le problème immédiat. Les régions affectées manquent des ressources les plus élémentaires pour contrôler une épidémie. Des lits, du personnel et du matériel pour diagnostiquer et traiter les malades. Des gens pour retracer les personnes qui ont été en contact avec eux, d'autres pour superviser les funérailles, intervenir dans les communautés, etc.

L'OMS estime qu'il faudrait jusqu'à trois mois pour renverser la tendance, et six à neuf mois pour stopper la transmission. Et traiter 20 000 personnes durant cette période. Elle a déposé un plan détaillé : il y en a pour près d'un demi-milliard de dollars.

Autrement ? Personne n'a poussé le cynisme jusqu'à évaluer le nombre de morts en l'absence d'intervention rapide et musclée. Les États qui ont la capacité de changer la donne semblent néanmoins faire le pari que l'épidémie s'essoufflera avant de les atteindre. Les prochains mois leur donneront peut-être raison... du moins pour cette fois. Car nous aurons collectivement raté une occasion d'améliorer nos connaissances et nos compétences en matière de contrôle d'épidémie grave - une expérience précieuse qui risque de nous faire cruellement défaut un jour.




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