Autopsie d'un dérapage

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L'article scientifique à l'origine de la controverse sur de possibles liens entre vaccination et autisme n'aurait jamais dû paraître. C'est ce que vient d'admettre la revue médicale The Lancet en désavouant ce papier et en le supprimant de ses archives. Hélas! le mal est fait. Les théories du complot nées de cette recherche bancale ne s'éteindront pas avec elle.

The Lancet n'avait guère le choix. Le verdict de l'organisme qui surveille la profession médicale au Royaume-Uni, le General Medical Council (GMC), est accablant. Ce rapport, publié la semaine dernière, démontre que la recherche sur laquelle s'appuyait l'article publié en 1998 est entachée de fautes éthiques graves. Son principal auteur, le médecin Andrew Wakefield, a notamment soumis des enfants à des examens invasifs dont ils n'avaient pas besoin, comme des ponctions lombaires et des colonoscopies, sans avoir obtenu l'accord d'un comité d'éthique. Il a aussi omis de divulguer des engagements qui auraient pu être considérés comme des conflits d'intérêts. Le GMC décidera en avril si le Dr Wakefield, qui pratique aujourd'hui aux États-Unis, sera radié au Royaume-Uni.

 

Cet épisode doit servir de leçon. Lorsqu'une histoire du genre est lâchée sur la place publique, elle acquiert une vie propre qui la rend indestructible. Elle peut même tuer. Le taux de vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) a tellement reculé au Royaume-Uni après la publication de cet article que des enfants sont morts de la rougeole - on n'avait pas vu depuis près de 15 ans!

The Lancet ne peut être tenu seul responsable de ce désastre. Le GMC a dû tenir 148 jours d'audience pour prouver les fautes qui auraient dû empêcher la publication de l'article. Les médias généralistes qui l'ont relayé ont leur part de responsabilité, mais ils n'ont rien inventé. C'est le Dr Wakefield qui a mis le feu aux poudres en proférant, en conférence de presse, des mises en garde contre le vaccin ROR qui ne figuraient pas dans son article. Difficile pour les journalistes de ne pas en faire mention. La communauté scientifique britannique aurait sans doute pu limiter les dégâts si elle avait réagi rapidement, d'une voix forte et unie. Elle a tardé à le faire, laissant le champ libre aux propagandistes antivaccin.

Malgré tous les démentis et toutes les recherches arrivant à des conclusions contraires, des parents continuent à croire qu'en refusant le vaccin, ils protégeront leur enfant de l'autisme. D'autres, dont le fils ou la fille est atteint de cette terrible maladie, sont convaincus d'avoir trouvé le coupable de leur malheur. Tant qu'on n'aura pas trouvé les causes de l'autisme, il sera sans doute impossible de venir à bout de cette dangereuse théorie.

akrol@lapresse.ca

 




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