Ce n'est pas du génie, c'est du sabotage !

Lors du sommet de l'OTAN, le président américain... (Photo Olivier Matthys, Associated Press)

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Lors du sommet de l'OTAN, le président américain Donald Trump a dit qu'il n'y avait pas eu un si « formidable esprit de collégialité » depuis des années. Et que « tout le monde dans la pièce » l'a « remercié » pour ce qu'il avait fait !

Photo Olivier Matthys, Associated Press

Le sommet de l'OTAN avait tellement mal commencé que le voir se terminer hier sur une note plus positive était rassurant.

Certains seront tentés de pousser un soupir de soulagement parce que l'alliance n'a pas éclaté, malgré les menaces et l'agressivité de Donald Trump. Ils auront raison.

D'autres se désoleront de voir à quel point la rencontre a été inutilement chaotique en raison des menaces et de l'agressivité de Donald Trump. Ils auront aussi raison.

On peut se réjouir d'avoir vu le président américain effectuer un virage à 180 degrés et dire « croire en l'OTAN » à l'issue du sommet, mais on ne peut que dénoncer la façon dont il s'est comporté, avant et pendant la rencontre. Un véritable saboteur. Comme il l'avait démontré, d'ailleurs, dans le cadre du sommet du G7 à La Malbaie. Souvenons-nous qu'il avait même décidé de retirer son soutien au communiqué final et de critiquer Justin Trudeau.

***

Par ailleurs, on ne peut que constater - encore une fois - à quel point son arrogance est hallucinante. « L'OTAN est beaucoup plus solide qu'elle l'était il y a deux jours », a-t-il lancé hier, affirmant qu'il est le seul et unique responsable de ce renforcement.

C'est une autre variation de la méthode Trump. Il allume un feu et il le rend plus vif, pour ensuite l'éteindre et se péter les bretelles. Et à l'entendre, aucun autre pompier dans toute l'histoire de l'humanité n'a éteint un feu avec une telle virtuosité.

Il a même osé dire qu'il n'y avait pas eu, à l'OTAN, un si « formidable esprit de collégialité » depuis des années. Et que « tout le monde dans la pièce » l'a « remercié » pour ce qu'il avait fait !

Oui, vous avez bien lu ! Mais attendez, ce n'est pas tout ! Un journaliste a demandé à Donald Trump s'il n'allait pas revenir sur ses propos positifs une fois dans l'avion, sur Twitter. Il a répondu le plus sérieusement du monde : « Non. Ce sont les autres qui font ça. Pas moi. Je suis constant. Je suis un génie très stable ». C'est pourtant exactement ce qu'il avait fait après le sommet du G7 !

***

Bien sûr que l'OTAN a fait des progrès au cours du sommet. L'alliance a par exemple approuvé le plan « 4x30 », selon lequel il sera possible de déployer, en 2030, « 30 bataillons, 30 escadrons aériens et 30 navires de guerre dans un délai de 30 jours ou moins ».

En revanche, la version de Donald Trump concernant le succès de ce sommet ne correspond pas à la réalité. Le président américain s'est vanté d'avoir obtenu des milliards de plus de la part des membres de l'OTAN. Mais en général, les pays n'ont fait que confirmer lors de cette rencontre ce à quoi ils s'étaient engagés en 2014 : rehausser leurs dépenses militaires de façon à atteindre 2 % de leur PIB d'ici 2024.

Et cet engagement ne sera visiblement pas rempli par tous les membres. Justin Trudeau a répété que le Canada va faire grimper ses dépenses militaires (cette annonce a été faite l'an dernier et non pendant le sommet), mais ne semble pas avoir l'intention d'atteindre la cible de 2 %. On s'arrêtera plutôt à 1,4 %.

Les pressions faites par Donald Trump depuis son élection ne sont certes pas étrangères au fait qu'Ottawa va déployer quelques dizaines de militaires de plus en Lettonie et va assumer le commandement d'une nouvelle mission de formation de l'OTAN en Irak. Mais de telles décisions auraient peut-être aussi été prises si le président républicain n'avait pas été au pouvoir.

Chose certaine, Donald Trump n'avait pas besoin de grimper dans les rideaux et d'humilier ses alliés pour les convaincre que leur engagement à l'égard de l'OTAN doit être plus substantiel. Les dépenses militaires des pays européens avaient déjà commencé à grimper lors du deuxième mandat de Barack Obama, qui avait lui aussi mis de la pression sur ses alliés... sans les intimider et les traiter comme une bande de malpropres.

Un génie très stable, Donald Trump ? Si c'est vraiment le cas, on a hâte qu'il nous le prouve...




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