Éditorial Alexandre Sirois

Le pouvoir étonnant de la lecture

« Aider les familles ? Et si on parlait du... (PHOTO THINKSTOCK)

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« Aider les familles ? Et si on parlait du plaisir de lire ? », écrit Alexandre Sirois.

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Aider les familles ? Et si on parlait du plaisir de lire ?

Certains rouspéteront : n'y a-t-il pas, monsieur, des sujets autrement plus pressants à aborder pour ce qui est du sort des familles et de l'avenir de nos jeunes ?

D'autres feront remarquer que les mots « plaisir » et « lire » dans la même phrase, ça ne fait pas très sérieux.

Et pourtant, ça l'est ! C'est très sérieux. C'est même fondamental.

Depuis plusieurs années, les experts le répètent et le démontrent à l'aide d'études et de rapports.

« La capacité à lire a un impact positif sur la réussite scolaire, de même que sur le bien-être personnel des individus quant à leur estime de soi, leur employabilité, leur revenu, leur santé et leur engagement citoyen », lit-on, par exemple, dans un rapport publié en 2015 par un groupe de professeurs de l'UQAM.

Ce rapport a été publié dans le cadre du développement de la partie francophone d'une plateforme web conçue pour aider les jeunes enfants à apprendre à lire et pour donner un coup de pouce à leurs parents. Le projet, baptisé Abracadabra, a été créé à l'origine par un professeur de l'Université Concordia.

La doyenne de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, Monique Brodeur, est la responsable du développement du site web en français. Elle est persuadée non seulement que l'apprentissage de la lecture est crucial, mais aussi que l'engagement des parents est déterminant.

> Découvrez le site Abracadabra 

Car pour que les familles puissent profiter du pouvoir étonnant de la lecture, il faut que tout le monde s'implique. À commencer par les parents.

Faire la lecture à son enfant, c'est magique ! L'écouter lire aussi, d'ailleurs. Et s'il se dit trop vieux, pourquoi ne pas l'accompagner à la bibliothèque de votre quartier et choisir quelques livres ensemble ? Et ensuite, lire ensemble !

Au-delà de l'implication parentale, l'école et les autres acteurs concernés de la société québécoise doivent évidemment stimuler et soutenir les efforts des familles. C'est à un véritable projet de société que tout ça devrait ressembler.

Car on a beau répéter d'année en année à quel point la culture de la lecture est de la plus haute importance, les statistiques révèlent que le livre n'est pas encore assez valorisé au Québec.

Elles démontrent qu'on lit encore moins au Québec qu'ailleurs au pays. Elles indiquent aussi qu'à l'intérieur de nos frontières, les francophones boudent plus souvent les livres que les anglophones. Sans surprise, lorsqu'on parle de littératie (la capacité de lire et de comprendre des textes), le Québec fait piètre figure.

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres. Et on peut présumer que les efforts faits de nos jours doivent être encore plus importants qu'auparavant. Car pour qu'un jeune daigne lire un livre, il doit résister à la tentation de s'emparer de son écran préféré pour jouer à Fortnite - et aux autres jeux conçus pour l'attirer comme un aimant - ou pour aller voir les photos de ses amis sur Instagram avant de leur raconter sa vie sur Facebook.

Ce n'est pas une bataille perdue d'avance, non. Mais entendons-nous, ce n'est pas non plus un combat facile à gagner. Il faut pourtant le mener, au quotidien, avec passion.

Car développer le plaisir de lire chez les jeunes aura bien sûr un impact sur la réussite scolaire, sur l'alphabétisation et, par conséquent, sur le développement économique de l'ensemble de notre société, mais le pouvoir de la lecture ne s'arrête pas là. Il est encore plus extraordinaire que ça !

Le livre permet aussi de « déverrouiller les portes de l'imaginaire », comme l'a écrit le romancier Daniel Pennac dans son essai consacré à la lecture, Comme un roman. Ce livre, où il énumère « les droits imprescriptibles du lecteur », a été publié au début des années 90, mais n'a pas pris une ride.

La lecture « humanise l'homme », fait-il aussi remarquer. « On est sans doute un peu plus "humain", entendons par là un peu plus solidaire de l'espèce (un peu moins "fauve") après avoir lu Tchekhov qu'avant », écrit-il.

Ce n'est pas étonnant puisqu'un livre, peu importe lequel, c'est aussi une fenêtre sur le monde. Et l'ouvrir, c'est forcément élargir ses horizons. Et devenir, par conséquent, plus libre.

Sérieux, donc, le plaisir de lire ? Oui ! Au point d'en faire un projet familial dès maintenant, si ce n'est pas déjà fait !

«« D'autres feront remarquer que les mots "plaisir" et "lire" dans la même phrase, ça ne fait pas très sérieux. Et pourtant, ça l'est ! C'est même fondamental. »»





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