Silence, on tue

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Un projet de loi actuellement à l'étude aux États-Unis permettrait de faciliter l'achat de silencieux pour les armes à feu.

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Si les membres du Congrès américain avaient travaillé un peu plus rapidement, la pire fusillade de l'histoire moderne des États-Unis aurait peut-être été beaucoup moins... bruyante!

Vous avez bien lu. Un projet de loi actuellement à l'étude à la Chambre des représentants du Congrès américain permettrait de faciliter l'achat de silencieux pour les armes à feu. 

Au Canada, le silencieux est un «dispositif prohibé». Mais en sol américain, il est légal d'en acheter dans la plupart des États (l'ouïe des chasseurs est en jeu, soutiennent certains partisans du silencieux). 

Ceci dit, la démarche prend malgré tout plusieurs mois. Et elle nécessite la vérification des antécédents de l'acheteur. C'est faire preuve de bon sens. Plus on empêchera les criminels d'avoir accès aux silencieux, plus il sera facile de les repérer quand ils vont utiliser une arme à feu. 

Mais les parlementaires républicains ne sont pas du même avis. Ils veulent permettre à leurs concitoyens d'acheter un silencieux aussi facilement qu'une pinte de lait. «C'est une question de sécurité», avait soutenu l'an dernier, le plus sérieusement du monde, l'un des fils de Donald Trump. 

Visiblement, la plupart des républicains sont sur la même longueur d'onde que le président et son fils au sujet des armes à feu. Selon eux, il faut assouplir les lois existantes. Ils examinent actuellement plusieurs autres initiatives à Washington. Par exemple, faciliter la vente de munitions conçues pour pénétrer un vêtement pare-balles. 

Décidément, le ridicule, lui, ne tue pas. 

La tragédie de dimanche semble avoir refroidi temporairement les ardeurs des républicains. Ils ne tenteront pas, semble-t-il, de faire adopter toutes ces mesures aussi rapidement que prévu. Mais une fois la poussière retombée, ils vont certainement récidiver.

Et leurs chances de succès seront élevées puisqu'ils contrôlent les deux chambres du Congrès américain. Ils ont d'ailleurs, en début d'année, voté pour faciliter la vente d'armes à feu à de nombreux Américains dont les problèmes de santé mentale ont été documentés. 

On peut certes alléguer que l'auteur de la fusillade de Las Vegas n'a pas eu besoin de silencieux ni de munitions spéciales. C'est vrai. Mais s'en tenir à la plus récente tragédie serait de l'aveuglement volontaire. Les chiffres sont accablants : il y a eu en moyenne une fusillade (quatre morts ou plus) chaque jour aux États-Unis cette année. Dire qu'un meilleur contrôle des armes à feu s'impose est un euphémisme. 

Or le Congrès est pris en otage par le lobby des armes à feu, mené par la toute puissante National Rifle Association. «Notre heure est venue», a dit l'an dernier Wayne LaPierre, le grand patron de l'organisation, peu après les élections de novembre. Celle-ci a investi des millions pour soutenir des candidats républicains. On comprend mieux pourquoi les parlementaires républicains ne sont pas en mode solution. 

Les Américains ne peuvent pas non plus compter sur Donald Trump pour les remettre dans le droit chemin. Il fait lui-même fausse route. 

Jusqu'ici, après une tuerie, il semblait prendre un malin plaisir à tourner le fer dans la plaie. Il soutenait que s'il y avait eu sur les lieux plus de gens armés (comme au Bataclan à Paris en 2015, par exemple), un tel carnage n'aurait pas eu lieu. 

Cette fois, il n'a pas récidivé. Peut-être a-t-il réalisé que cette logique absurde ne résiste pas, dans le cas de la tuerie de Las Vegas, à l'épreuve des faits.




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