Libye: les complices du diable

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«L'arrangement entre les leaders européens et la Libye cautionne les gestes atroces des tortionnaires qui gèrent les prisons libyennes», explique Alexandre Sirois.

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Même quand Joanne Liu parle des pires horreurs, sa voix demeure douce. Son ton est posé. Comme si elle était au chevet d'un patient malade.

Pourtant, la présidente internationale de Médecins sans frontières est extrêmement troublée par son récent séjour en Libye. Dans ce pays du nord de l'Afrique, elle a visité des centres de détention où l'on enferme des migrants.

«Je n'ai jamais vu quelque chose comme ça», dit-elle, de passage dans nos bureaux.

«Ça», c'est la façon dont ces migrants sont traités. Leurs conditions de détention sont odieuses. Ils sont entassés les uns sur les autres dans des pièces sombres, sans installations sanitaires. Et on a pour eux encore moins d'égards que pour du bétail. Torture et viols sont fréquents, raconte Joanne Liu.

«C'est, pour moi, l'incarnation extrême de la cruauté humaine», résume la pédiatre québécoise.

Le sort de ces migrants est scandaleux. Mais ce qui rend la chose encore plus sordide, c'est que les dirigeants européens en sont complices.

Explications : l'Union européenne a conclu une entente avec le gouvernement libyen pour endiguer le flot de migrants qui traversent la mer Méditerranée vers l'Europe. En juillet, plusieurs dizaines de millions ont été versés au gouvernement de ce pays spécialement pour gérer ses frontières.

Ces sommes ont été accordées au gouvernement libyen sachant très bien que la démocratie, la justice et les droits de la personne n'ont pas fleuri dans le désert de ce pays comme par enchantement après la mort du dictateur Mouammar Kadhafi.

Sachant aussi, par ailleurs, que le gouvernement libyen ne contrôle qu'une partie du pays. Et que des milices brutales et lourdement armées y règnent encore en maîtres. Certaines sont même directement impliquées dans le trafic des migrants.

Pourtant, à Bruxelles, on ose dire que les sommes versées servent à une «gestion intégrée des migrations et des frontières» et à la «protection des migrants».

Joanne Liu est à la fois plus lucide et plus honnête. «Les membres de l'Union européenne entretiennent un réseau criminel», a-t-elle écrit dans une lettre ouverte aux dirigeants européens à ce sujet.

Car non seulement l'arrangement entre les leaders européens et la Libye cautionne les gestes atroces des tortionnaires qui gèrent les prisons libyennes, mais on rapporte qu'il finance indirectement (et peut-être même directement) des milices violentes qui déstabilisent le pays. Quel fiasco!

Les dirigeants européens, eux, jubilent presque. Parce que l'objectif principal de cet accord a été atteint. Il a fait chuter le nombre de migrants qui tentaient de rejoindre l'Europe en passant par la Libye. La semaine dernière, un ministre européen s'est dit «heureux» et un autre a parlé d'une «belle réussite».

Qu'ils veuillent réduire le flot de migrants frappant à la porte de l'Italie - après avoir traversé la mer Méditerranée au péril de leur vie - est compréhensible. Mais soutenir que l'initiative est un succès, dans les circonstances actuelles, est indécent.

Le témoignage courageux de Joanne Liu en est la preuve. Il ne doit pas rester lettre morte.




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