Et pourquoi pas un mur, tant qu'à y être, messieurs?

Kevin O'Leary et Maxime Bernier... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Kevin O'Leary et Maxime Bernier

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Question : quel politicien a dit cette semaine envisager le déploiement de militaires à la frontière canado-américaine pour en assurer la sécurité ?

Si vous avez répondu Donald Trump, vous avez eu tort.

C'est plutôt un politicien canadien. Expérimenté, d'ailleurs, puisqu'il a déjà été à la tête de plusieurs ministères à Ottawa, incluant celui des Affaires étrangères.

Réponse : Maxime Bernier.

Maxime Bernier vient de se positionner du côté des aspirants à la direction du Parti conservateur prêts à instrumentaliser les questions migratoires de façon démagogique à des fins politiques.

Qu'a-t-il dit exactement ? Il a d'abord promis de consacrer plus de ressources pour lutter contre les migrants qui entrent au Canada en traversant illégalement la frontière. Si ça ne suffit pas, a-t-il dit, il fera appel à l'armée canadienne.

Cette sortie n'était pas innocente. Peu de temps auparavant, le grand rival de Maxime Bernier, Kevin O'Leary, s'était prononcé à ce sujet avec la démesure (et le désir de provoquer) qu'on lui connaît.

Ce dernier a dit vouloir invoquer la « clause nonobstant » pour déroger à la Charte canadienne des droits et libertés et bouter les demandeurs d'asile hors du Canada sans qu'ils puissent être entendus par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

Cela signifierait aussi que le pays renoncerait à ses obligations internationales en la matière.

Et pourquoi pas un mur, tant qu'à y être, messieurs ? Parce qu'à vous écouter, cette option absurde semble être la suite logique de vos raisonnements !

Soyons clairs: l'augmentation du nombre de migrants qui franchissent la frontière illégalement est indéniable. Il faut s'en préoccuper - ce que le gouvernement fédéral fait déjà, même s'il n'en fait pas la démonstration avec assez d'éloquence - et suivre de très près l'évolution de cette tendance.

Mais jusqu'ici, le nombre de demandeurs de statut d'asile a beau avoir bondi, il n'est pas alarmant.

Le pays ne fait pas face, comme le soutient Kevin O'Leary, à une situation « exceptionnelle » qui exige la prise de mesures exceptionnelles.

« Je ne veux pas qu'il se produise au Canada ce qui s'est produit en Europe », a déclaré cette vedette de la téléréalité. C'est de la malhonnêteté intellectuelle. Il sait très bien que le Canada est loin de faire face à ce qui s'est produit en Allemagne, par exemple.

Le pays d'Angela Merkel a accueilli plus de 1 million de réfugiés depuis 2015. Au Canada, en janvier et février 2017, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a traité 2925 demandes. De celles-ci, 2145 ont été faites à des points d'entrée terrestres.

Parallèlement, 2595 demandes ont été traitées directement par les bureaux d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Tant Maxime Bernier que Kevin O'Leary ont visiblement constaté qu'une de leurs rivales, Kellie Leitch, est devenue (tristement) célèbre pour ses propos controversés à l'égard des migrants. Elle soutient entre autres l'idée de leur imposer un test des valeurs canadiennes.

Fort heureusement, plusieurs autres candidats ont dénoncé ces discours. De Lisa Raitt à Michael Chong, en passant par Erin O'Toole.

Peu importe qui remportera cette course à la direction à la fin du mois de mai, il est certain qu'après une campagne pareille, la modération aura bien meilleur goût.

«« À vous écouter, cette option absurde semble être la suite logique de vos raisonnements ! »»





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