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Où et quand s'arrête, de nos jours, notre vie professionnelle ? Et où et à... (La Presse)

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Où et quand s'arrête, de nos jours, notre vie professionnelle ? Et où et à quelle heure commence véritablement notre vie privée ?

L'équation nécessaire pour l'évaluer est décidément moins facile à résoudre ces jours-ci qu'elle l'était il y a une quinzaine d'années.

En raison de l'apparition d'appareils dont employeurs et employés ne peuvent déjà plus se passer - à commencer par ce téléphone intelligent si addictif, sur lequel vous venez d'ailleurs peut-être tout juste de consulter vos courriels.

Des appareils qui sont souvent en notre possession 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Leur existence a, vous en conviendrez, profondément modifié notre vie quotidienne.

C'est d'ailleurs ce qui vient de pousser le gouvernement français à légiférer sur le « droit à la déconnexion ». Depuis le début du mois de janvier, ce droit fait partie du Code du travail. C'est, insistent certains médias français, « une première mondiale ».

Les entreprises de plus de 50 employés doivent s'entendre avec ceux-ci sur l'adoption de « dispositifs de régulation de l'utilisation des outils numériques, en vue d'assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale ».

Dans bien des cas, la possibilité d'avoir notre vie professionnelle au bout d'un clavier en toute circonstance est un réel avantage. Il est par exemple possible de rendre nos horaires plus flexibles. Cela dit, il existe des inconvénients réels - et certains l'ont malheureusement appris à leurs dépens ces dernières années.

Le travail peut s'immiscer dans notre vie privée comme jamais auparavant.

La santé et la productivité de certains peuvent forcément en être affectées. C'est la raison pour laquelle le gouvernement français a voulu s'en mêler.

C'est tout sauf une lubie. D'ailleurs, certaines entreprises en France n'avaient pas attendu la nouvelle législation pour agir.

Orange, un géant du domaine des télécommunications, a annoncé l'automne dernier un accord avec ses employés « garantissant le droit à la déconnexion ». Les gestionnaires de l'entreprise sont invités à ne pas expédier de courriels en dehors des heures de bureau. Et si les employés en reçoivent, ils ne sont pas obligés d'y répondre.

Leur employeur leur suggère par ailleurs un « autodiagnostic » pour ce qui est de leur utilisation des « outils numériques ». Il prévoit aussi offrir des bilans de cet usage à ceux qui en font la demande.

Au Québec, les entreprises qui innovent en la matière semblent encore rares. Une exception confirme la règle : Normandin Beaudry, firme « d'actuariat conseil et rémunération globale ». Son initiative a récemment été citée dans les médias par une enseignante de l'UQAM, Laurence-Léa Fontaine, qui s'est penchée sur la question.

« On dit aux gens d'éviter de s'envoyer des textos et courriels le soir et la fin de semaine, quand ce n'est pas urgent », nous a expliqué une associée de l'entreprise, Sophie Lachance. Cette nouvelle façon de faire est très appréciée au sein de la firme, dit-elle.

En France, certains détracteurs de la loi l'accusent de déresponsabiliser et d'infantiliser gestionnaires et employés. C'est de la mauvaise foi.

La législation, tout comme les diverses initiatives issues du secteur privé sont des efforts sincères pour répondre à des changements inédits auxquels nous ne nous sommes pas encore assez bien adaptés.

Et auxquels nous ne réfléchissons pas encore assez...

Le grand mérite du gouvernement français n'a pas été de légiférer à ce sujet (on n'a pas encore fait la preuve que ce sera efficace), mais de susciter un débat à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières. De conscientiser et responsabiliser bon nombre d'employeurs ET d'employés.

Et de les inciter, chaque fois qu'ils empoignent leur téléphone intelligent pour se connecter alors qu'ils ne sont pas au travail, à se demander si c'est vraiment nécessaire.

Une firme montréalaise donne l'exemple

« On a amorcé une réflexion générale en 2016 sur les moyens à prendre pour diminuer la pression tout en demeurant performants et en demeurant à l'écoute de nos clients », explique d'entrée de jeu Sophie Lachance, associée chez Normandin Beaudry. La firme montréalaise est une des rares au Québec qui a publiquement fait savoir qu'elle avait pris des mesures pour favoriser la « déconnexion » de ses employés le soir et le week-end. Ils doivent tous « éviter », sauf urgence, de communiquer par texto ou courriel au sujet du travail. « Ce n'est pas parfait, mais il y a un effort sincère pour le faire » depuis l'été dernier, dit-elle. Certains au sein de cette entreprise de 180 employés ont déjà « émis des commentaires » positifs. Depuis que ce mot d'ordre est appliqué, ils disent arriver plus facilement à « décrocher ».




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