Les gens d'Alep ont le plaisir de vous informer que, demain, ils seront tués avec leurs familles

« Les gants blancs ne sont pas de mise.... (Photo Sana / Associated Press)

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« Les gants blancs ne sont pas de mise. Les euphémismes non plus. L'heure est à l'indignation. L'heure est aussi, ne jouons pas à l'autruche, à la honte », écrit Alexandre Sirois.

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Le journaliste américain Philip Gourevitch a écrit, il y a plusieurs années, un livre-reportage à glacer le sang sur le génocide rwandais. Avec un titre-choc.

« Nous avons le plaisir de vous informer que, demain, nous serons tués avec nos familles. »

La phrase était tirée d'une lettre rédigée par des prêtres tutsis, à l'aube du génocide qui s'est produit en 1994. Ils avaient prédit le pire.

Et, tragiquement, ils avaient vu juste.

Lundi, sur Twitter, consterné par ce qui se passe actuellement à Alep - en Syrie -, le journaliste a résumé la situation en moins de 120 caractères.

« Les gens d'Alep ont le plaisir de vous informer que, demain, ils seront tués avec leurs familles », a-t-il écrit.

Car c'est bien, ici, ce qui se passe. Les gants blancs ne sont pas de mise. Les euphémismes non plus. L'heure est à l'indignation. L'heure est aussi, ne jouons pas à l'autruche, à la honte.

Les troupes du régime de Bachar al-Assad, les diverses milices téléguidées par l'Iran et les forces russes font la guerre à Alep avec un mépris total du droit international. Ils commettent « des crimes contre l'humanité » et « des crimes de guerre ».

Et quand ce ne sont pas eux qui exécutent leurs basses oeuvres et, entre autres choses, abattent des civils, ce sont les rebelles qui sévissent avec une barbarie abjecte. Ces djihadistes « empêcheraient des civils de partir » et s'en servent comme boucliers humains, affirmait-on hier à l'ONU.

Ces rebelles sont eux aussi responsables d'« exécutions sommaires » d'innocents, il est important de le rappeler et de le décrier.

En somme, comme notre chroniqueuse Agnès Gruda l'a si bien résumé hier, ce qui se passe actuellement à Alep « consacre la victoire de l'inhumanité ».

Mais faire face à des fous de Dieu qui méprisent les règles qui encadrent la guerre n'est pas une raison, pour ceux qui cherchent à les vaincre, de s'abaisser à leur niveau.

Pour les terroristes, la fin justifie les moyens. C'est ignoble.

Mais comment ceux qui se disent moralement supérieurs peuvent-ils agir selon la même logique abominable ?

L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power, n'a pas mâché ses mots face à la Russie, l'Iran et la Syrie. « Nous avons ici trois États membres de l'ONU qui contribuent à resserrer l'étau autour des civils. [...] Il n'y a rien qui puisse vous faire honte ? N'y a-t-il aucun acte de barbarie qui puisse vous toucher et vous révulser juste un peu ? »

Elle a réclamé, comme plusieurs autres diplomates, l'envoi d'observateurs internationaux impartiaux sur le terrain pour superviser l'évacuation des civils. Et éviter d'autres boucheries dont ceux-ci feraient les frais.

Il y a loin de la coupe aux lèvres. Au moment de publier, l'accord pour évacuer les civils était suspendu et les bombardements avaient repris.

Cet accord était en bonne partie le résultat de la vague d'indignation ayant suivi la mort de dizaines de civils à Alep. Il faut continuer de s'indigner pour maintenir la pression.

Se résigner à cette inhumanité n'est pas une option.




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