Ottawa, l'atome et les mollahs

« Bon nombre d'Iraniens ont soif de changement », souligne... (PHOTO VAHID SALEMI, ASSOCIATED PRESS)

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« Bon nombre d'Iraniens ont soif de changement », souligne Alexandre Sirois.

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Le nouveau ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, a certainement suivi de très près le déroulement des récentes élections législatives en Iran.

Le Canada a annoncé fin janvier la levée, graduelle, de ses sanctions à l'égard du pays. Le gouvernement fédéral - comme bien d'autres - a été rassuré par l'entente sur le nucléaire entre les grandes puissances occidentales et le régime des mollahs.

Les élections législatives de la semaine dernière se voulaient, en quelque sorte, un référendum sur cet accord. Et les résultats, dévoilés au compte-gouttes ces derniers jours, semblent démontrer que la population a donné son appui à la politique d'ouverture privilégiée par les politiciens les plus modérés.

Les candidats conservateurs n'ont pas tous été chassés du pouvoir. Loin de là. Ils ont remporté, jusqu'ici, 103 des 290 sièges au Parlement. Parmi les candidats modérés, 95 ont été élus.

Comme plusieurs dizaines de sièges nécessiteront un second tour, il faudra attendre avril avant de connaître la composition exacte du prochain Parlement. Plusieurs analystes, en Iran comme à l'extérieur du pays, ont toutefois interprété ces résultats préliminaires comme un appui aux politiques du président Hassan Rohani, lui-même décrit comme un islamiste modéré.

Cet appui semble d'autant plus flagrant qu'à Téhéran, capitale du pays, les 30 parlementaires élus sont tous des modérés. En témoigne aussi le fait que certains conservateurs qui s'opposaient à l'entente sur le nucléaire ont mordu la poussière.

Il serait toutefois faux de croire qu'un vent réformiste vient de souffler sur l'Iran. Les politiciens modérés sont loin d'avoir remporté une victoire par K.-O. sur les conservateurs.

Et rien n'indique que leur leader, Hassan Rohani, est un véritable agent de changement.

Il n'est pas ici question de prétendre, comme l'avait fait le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, que le président iranien est « un loup déguisé en agneau ». Ceci dit, c'est un homme du sérail, dont la candidature a été approuvée par l'élite conservatrice. Et sa feuille de route, depuis son élection en 2013, prouve qu'il ne sera pas pour l'Iran ce que Mikhaïl Gorbatchev a été pour l'Union soviétique.

Ce qu'il faut rappeler, également, c'est que même s'il souhaitait plus de libéralisation, son pouvoir est limité. Celui qui dirige véritablement l'Iran n'est pas le président. C'est plutôt le guide suprême, Ali Khamenei. Il est vieillissant, on le dit malade, mais c'est néanmoins lui qui tire les ficelles.

Où loge-t-il ? Il suffit de savoir, pour le comprendre, qu'il estime que « le monde islamique n'a pas besoin des recettes erronées et fréquemment prouvées fausses sur les droits de l'Homme et le pouvoir du peuple ».

La décision prise par Ottawa de renouer avec l'Iran est néanmoins la bonne. Mais il faut continuer à faire preuve de circonspection dans le rétablissement de nos relations avec le pays, tout en gardant espoir : bon nombre d'Iraniens ont soif de changement. Il faut y aller lentement, mais sûrement.

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