L'abc de l'ado

Soda. (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Photo Bernard Brault, archives La Presse

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Soda.

C'est ce que vous obtenez si vous épelez « ados » à l'envers. C'est aussi le nom de l'espace pour adolescents de la bibliothèque de Brossard.

De toutes les bibliothèques de la région métropolitaine, c'est l'une de celles qui a déployé les efforts les plus sérieux pour séduire cette clientèle si particulière. Sachant très bien qu'à cet âge, souvent, on se désintéresse de la lecture.

Il y a deux ans, l'établissement a inauguré cet espace, réservé exclusivement aux ados, dans son sous-sol. Depuis, l'endroit ne dérougit pas.

Ces jeunes y vont, c'est vrai, pour étudier et socialiser, mais ils en profitent aussi pour lire. Les chiffres de fréquentation de la bibliothèque le démontrent : les adolescents de 12 à 17 ans représentaient l'an dernier 11 % de ses usagers actifs (c'est-à-dire ceux qui ont emprunté au moins un livre en l'espace de 12 mois).

À titre de comparaison, la Grande Bibliothèque, à Montréal, ne compte parmi ses usagers que 3,6 % d'adolescents.

C'est pourquoi il faut voir d'un très bon oeil l'annonce - faite le mois dernier - de la transformation de la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, en établissement destiné aux adolescents.

Le simple fait qu'on décide de rescaper cet édifice patrimonial mérite qu'on se réjouisse. Mais l'idée, brillante, d'en faire une bibliothèque pour ados doit également être saluée avec enthousiasme.

La preuve est faite : cette clientèle, réputée pour lever le nez sur les livres, n'est pas nécessairement allergique aux bibliothèques. Mais il faut s'en préoccuper et s'en occuper. Ce que, visiblement, la Grande Bibliothèque n'avait pas encore été en mesure de faire. Rares sont, d'ailleurs, les bibliothèques publiques à Montréal qui traitent les ados aux petits oignons.

L'idée n'est surtout pas de leur tordre un bras. Ni de leur faire avaler, de force, L'hiver de force (de Réjean Ducharme) ou d'autres classiques que l'on souhaiterait les voir lire. Elle est, comme l'a écrit Daniel Pennac dans un essai consacré à la lecture et aux jeunes, de leur « donner les moyens de juger librement s'ils éprouvent ou non le besoin des livres ».

L'auteur précisait, à juste titre, que « si l'on peut parfaitement admettre qu'un particulier rejette la lecture, il est intolérable qu'il soit - ou qu'il se croie - rejeté par elle ».

Quoi de mieux qu'une bibliothèque en plein coeur de la ville pour montrer aux adolescents que, oui, les livres s'adressent aussi à eux ?

En faisant de cet établissement un « laboratoire », doté entre autres d'« équipements numériques », on leur rappelle aussi qu'une bibliothèque n'est surtout pas un endroit figé, archaïque, où l'on meurt d'ennui.

L'actuelle présidente-directrice générale de la Grande bibliothèque, Christiane Barbe, met la barre encore plus haute. Elle prédit que la nouvelle bibliothèque pour ados finira carrément par avoir un impact sur « notre développement économique et culturel ». Que l'établissement sera aussi, prévoit-elle, un outil d'intégration des jeunes et de lutte contre le décrochage scolaire.

Compte tenu du pouvoir des mots et de la force tranquille de la lecture, loin de nous l'idée de la contredire.

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