Un deuxième mandat pour Denis Coderre

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Afin de poursuivre sur sa lancée et de consolider ce qui a été entamé, Denis Coderre mérite à nouveau la confiance des Montréalais.

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La Presse

Rappelons-nous 2013. Rappelons-nous les difficultés de Montréal, son manque d'influence, ses problèmes financiers. Rappelons-nous la corruption, la collusion, les malversations.

Il y a quatre ans, Montréal était une ville empêtrée dans les scandales, minée par une perte de confiance généralisée.

Aujourd'hui, la ville est debout à nouveau. Mieux encore, elle est dynamique et prospère, la preuve étant que le pire fléau qui l'afflige n'est plus la corruption, mais bien... la congestion.

Bien sûr, les cônes orange constituent un problème au quotidien... mais un beau problème, en quelque sorte, qui montre le chemin parcouru ces dernières années.

L'embarras de Montréal, en effet, n'est plus que l'argent public soit détourné, mais bien qu'il soit investi pour combler d'immenses besoins en infrastructures. L'ennui, ce n'est plus l'immobilisme, mais le grand nombre de chantiers qui laisseront place à des logements, des espaces publics, des tours qui contribueront à l'élan de Montréal.

***

Or voilà très précisément le mandat que les Montréalais avaient donné à Denis Coderre en 2013 : faire le ménage, redémarrer la machine, lui redonner une erre d'aller.

Autant de choses qu'il a accomplies, reconnaissons-le.

Denis Coderre a en effet changé complètement l'atmosphère. Il a ramené la confiance en Montréal, ce qui n'était pas gagné lorsqu'il a pris possession de son bureau à l'hôtel de ville. Il faut se souvenir que sa formation avait avalé des éléments du parti de Gérald Tremblay, ce qui en incitait plusieurs à spéculer sur le nombre d'arrestations qui minerait son mandat.

Et pourtant... rien. Ou si peu qu'on ne puisse plus parler de problèmes d'intégrité à la Ville.

Le maire a manifestement frappé un grand coup en créant le Bureau de l'inspecteur général et surtout, en plaçant à sa tête Me Denis Gallant, qui a prouvé sa pertinence et sa compétence à maintes reprises durant le mandat.

Il a aussi fait un ménage dans les finances publiques, en respectant sa promesse de ne pas hausser les taxes au-delà de l'inflation. Il a freiné la croissance des dépenses, ce que Gérald Tremblay n'avait jamais réussi à faire. Il s'est donné une marge de manoeuvre pour combler l'important sous-investissement en infrastructures, creusé notamment par Pierre Bourque. Et il a su s'entendre avec les syndicats après un début de mandat houleux, ce avec quoi tous ses prédécesseurs ont eu de la difficulté.

Ajoutons que le maire a également réussi à aller chercher à Québec plus de pouvoirs et plus d'argent. Bien que le statut de métropole ne soit pas aussi impressionnant qu'attendu, il était nécessaire pour diversifier les sources de revenus de la Ville et pour que le gouvernement s'engage à développer un « réflexe Montréal ».

Tout cela est moins spectaculaire que les festivités du 375e anniversaire, qui ont été un grand succès, mais c'est précisément ce qu'il fallait pour rebâtir les fondations de la ville. C'est ce qu'il fallait pour retrouver de l'influence d'antan. C'est ce qu'il fallait pour redonner à la métropole sa place au Québec et au Canada.

Bref, c'est ce qu'il fallait pour que Montréal soit dans une bien meilleure posture aujourd'hui qu'il y a quatre ans.

***

Le mandat qui s'achève n'est pas qu'une série de succès pour autant. Il y a même, convenons-en, une certaine dose de mécontentement qui s'exprime contre ce maire à la personnalité cassante.

Denis Coderre a imposé une centralisation des pouvoirs ainsi qu'un réel contrôle de l'information à l'Hôtel de Ville. Il a manqué de transparence. Il a aussi fait preuve d'arrogance, ce qui a rappelé l'importance d'une opposition forte au conseil municipal.

Mais le maire a-t-il démérité pour autant ? S'est-il disqualifié pour le poste ? A-t-il offert aux électeurs une raison suffisamment grave pour qu'ils lui refusent un second mandat ?

Non.

Montréal avait clairement besoin d'un électrochoc, et Denis Coderre, avec la personnalité qu'on lui connaît, a su l'administrer.

***

Disons-le, Projet Montréal a mené une bonne campagne, meilleure que celle du maire sortant.

Valérie Plante a en effet démontré de l'aplomb en plus de diriger habilement ses troupes. Mais elle n'a pas pour autant l'expérience politique nécessaire pour diriger une métropole, encore moins la maîtrise des dossiers économiques qu'on attend d'un maire, comme en témoignent ses esquives chaque fois qu'une question lui est posée sur ces importants enjeux.

Or est-ce un risque à prendre au moment où l'on observe une hausse des indicateurs économiques tels que le nombre de personnes en emploi, les mises en chantier et la valeur des permis de construction non résidentiels ? Le rôle d'un maire est d'améliorer la qualité de vie des résidents, mais aussi de mettre en place les conditions propices à l'emploi et à la croissance économique.

Certes, Valérie Plante a su démontrer de grandes qualités de candidate lors de cette élection qui est demeurée respectueuse de part et d'autre, mais la question que les électeurs devront se poser dans l'isoloir le 5 novembre prochain, ce n'est pas qui a fait la meilleure campagne, mais si le maire sortant mérite un deuxième mandat ?

La réponse est oui, sans équivoque. Les résultats sont là. 

Denis Coderre a prouvé qu'il avait non seulement la stature d'un maire, mais aussi les qualités requises pour redonner à la métropole un souffle et une influence qui lui ont trop longtemps manqué.

Afin de poursuivre sur sa lancée et de consolider ce qui a été entamé, Denis Coderre mérite à nouveau la confiance des Montréalais.

Pourquoi La Presse prend-elle position ?

Pourquoi La Presse appuie-t-elle un candidat plutôt qu'un autre lors d'une élection ?

La question nous est posée chaque fois qu'une élection survient, car chaque fois, le journal exprime sa préférence pour un candidat ou un parti, comme le font d'ailleurs la plupart des médias écrits en Amérique du Nord.

Cette tradition ne vise absolument pas à imposer un point de vue, encore moins à dicter aux électeurs quelle case cocher le jour du vote. Il s'agit plutôt d'une prise de position qui engage le journal en tant qu'institution importante de l'écosystème démocratique.

Comme chaque fois dans le passé, ce texte est le fruit d'une longue réflexion qui vise à proposer aux lecteurs une façon de voir les choses afin de provoquer la discussion et de contribuer au débat public.

C'est le mandat des pages éditoriales, après tout : se poser les mêmes questions que les lecteurs, puis prendre position, non pas pour clore le débat, mais pour l'enrichir.

Cela est important au jour le jour, mais ce l'est encore plus lors des moments déterminants de la vie démocratique. Pour un quotidien, éviter d'exprimer sa préférence lors d'un référendum ou d'une élection reviendrait à manquer à son devoir.

Il faut toutefois rappeler que cette prise de position éditoriale est celle de La Presse, d'où l'absence de signature. En outre, elle n'engage en rien le service de l'information du journal, qui travaille en toute objectivité, en campagne électorale comme à tout autre moment. L'indépendance des journalistes est le gage de la crédibilité d'un quotidien.

Nous vous invitons donc à prendre connaissance de cet éditorial et à participer à la discussion en nous faisant parvenir vos commentaires, dont nous publierons le plus grand nombre possible au cours des prochains jours.

Cela aussi s'inscrit dans la volonté de La Presse d'animer le débat démocratique.




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