Montréal-Nord: le retard qui ravive les plaies

Huit ans après la mort de Fredy Villanueva,... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Huit ans après la mort de Fredy Villanueva, certains irritants sont malheureusement toujours présents à Montréal-Nord, écrit notre éditorialiste.

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Le mot festival rime habituellement avec divertissement. Mais le retour de l'événement Hoodstock-Sommet Noir samedi à Montréal-Nord n'est pas de nature à réjouir qui que ce soit. Car huit ans après la mort de Fredy Villanueva, ses organisateurs le brandissent comme un signe que certains irritants sont malheureusement toujours présents dans le quartier.

Le 9 août 2008, Fredy Villanueva, 18 ans, a été tué lors d'une intervention policière. La tragédie a entraîné des émeutes qui marquent encore le quartier. Le Hoodstock - une allusion à Woodstock et au mot anglais neighborhood, qui veut dire voisinage - s'est tenu en 2009 et 2010 pour commémorer sa mort.

Les organisateurs justifient le retour de l'événement cette année par la mort d'un autre homme issu des minorités visibles, Bony Jean-Pierre, survenue au printemps à la suite d'un raid policier contre les gangs de rue. Selon les policiers, Jean-Pierre aurait été atteint par une balle de plastique alors qu'il tentait de fuir.

Les cas de Fredy Villanueva et de Bony Jean-Pierre sont très différents, mais ils présentent un irritant commun : c'est la Sûreté du Québec qui enquête sur le travail des policiers du SPVM.

La mort de Fredy Villanueva avait pourtant mené à un consensus pour mettre fin à ces situations où « la police enquête sur la police ». Il a toutefois fallu plus de quatre ans, à partir de la tragédie, pour accoucher d'un projet de loi. Puis les retards se sont multipliés au gré des chicanes, si bien qu'encore trois ans et demi ont été nécessaires avant que le Bureau des enquêtes indépendantes voie le jour. Il est entré en fonction le 27 juin dernier... quelques semaines trop tard pour enquêter sur la mort de Bony Jean-Pierre.

Huit ans pour réagir, c'est trop. Les retards ont des conséquences, qu'on mesure aujourd'hui quand les organisateurs du Hoodstock parlent d'un « bris de lien de confiance » avec les autorités. Comment le leur reprocher ? En 2012, le ministre de la Sécurité publique de l'époque, Stéphane Bergeron, disait déjà que toute enquête impliquant un agent de la paix confiée à un corps de police « serait de nature à compromettre la confiance du public ».

Le Bureau des enquêtes indépendantes n'est pas la solution à tous les maux de Montréal-Nord, loin de là, pas plus que le retard dans sa mise sur pied est la seule source de frustration dans le quartier. Mais le fait qu'il soit arrivé trop tard est brandi par une frange de la population comme un symbole d'immobilisme. On peut le comprendre.

Il serait pourtant injuste de dire que rien n'a été fait à Montréal-Nord depuis la mort de Fredy Villanueva. L'événement a fait pleuvoir des millions en subventions des différents ordres de gouvernement pour la construction de logements abordables et d'autres initiatives communautaires. Le SPVM s'est doté d'une politique contre le profilage racial. Le taux de décrochage, bien qu'encore préoccupant, a commencé à diminuer.

Mais un lien de confiance met du temps à se bâtir et peut s'éroder rapidement. On s'inquiète beaucoup du problème racial qui secoue les États-Unis. Il ne faut pas oublier que dans notre propre cour, les tensions existent aussi - même quand les voitures ne brûlent pas. Les conflits raciaux sont trop explosifs et trop nocifs pour qu'on tolère les retards quand on s'y attaque.

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