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Qui vote Bloc vote Dion

Les trois chefs de parti se sont entendus... (Photo PC)

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Les trois chefs de parti se sont entendus sur un programme politique commun axé principalement sur l'économie.

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Mathieu Bock-Côté

Devant la crise politique qui entraînera probablement la chute de l'actuel gouvernement fédéral, les nationalistes sont en droit de se questionner sur la conduite du Bloc québécois, qui participe ouvertement aux manoeuvres de couloir pour porter au pouvoir une coalition formée du PLC et du NPD. Car, au-delà de la seule question du détestable coup d'État actuellement en cours, on peut voir dans cette coalition un symptôme de la neutralisation du souverainisme québécois dans les paramètres du progressisme pancanadien.

Il n'était pourtant pas insensé d'imaginer une autre issue à cette crise, passant par une alliance non de coeur, mais de raison, entre le Bloc québécois et un gouvernement conservateur s'ouvrant à certaines revendications historiques du Québec. Mais l'aversion de Gilles Duceppe pour le Parti conservateur est connue. Pour des raisons qui ne sont pas sans liens avec son parcours biographique et ses obsessions idéologiques, le chef du Bloc québécois a toujours fait de la lutte contre la «droite» l'axe principal de son engagement politique au point d'avoir transformé le Bloc québécois des origines, qui était une coalition de nationalistes de tous les horizons, en succursale québécoise du NPD.

 

Ce braquage à gauche fut encore une fois visible au débat des chefs lors de la dernière campagne lorsqu'on aura aussi vu Gilles Duceppe faire front commun avec les libéraux et le NPD pour dénoncer le Parti conservateur au nom des «valeurs québécoises», sans trop nous expliquer en quoi ces valeurs étaient distinctes des «valeurs canadiennes» défendues par ses deux alliés d'hier et d'aujourd'hui.

Il y a néanmoins une détestable ironie à voir le Bloc québécois permettre à une coalition principalement portée par le PLC de prendre le pouvoir, sous prétexte que l'actuel gouvernement fédéral ne serait pas assez interventionniste. Le Bloc pratique désormais le souverainisme centralisateur. La trudeauisation du souverainisme n'est plus seulement une métaphore parlante, mais un fait accompli.

Une alternative claire

Car l'alternative est claire. D'un côté se trouvent le PLC, dépositaire de la philosophie trudeauiste et le NPD qui s'est toujours distingué par son zèle centralisateur. D'un autre côté, le Parti conservateur est relativement favorable aux droits des provinces et à une vision plus décentralisée de la fédération. Jusqu'à un certain point, le provincialisme des conservateurs converge pratiquement avec le nationalisme québécois, dans la mesure où les deux entendent neutraliser un État fédéral hégémonique et décentrer le Canada vers ses régions historiques.

La question est alors très simple: le Bloc préfère-t-il oeuvrer pour les intérêts vitaux du Québec ou se donne-t-il désormais comme mission de convertir le Canada aux «valeurs québécoises», nouveau messianisme compensatoire revenant à faire le choix d'un gouvernement centralisateur et progressiste plutôt que d'un gouvernement fédéral plus discret, mais conservateur?

Le Bloc, s'il n'avait pas complètement renié sa mission fondatrice, profiterait de la crise politique actuelle pour mener un programme nationaliste. Sur le plan de la loi 101 qui devrait s'appliquer aux entreprises sous juridiction fédérale ou du multiculturalisme canadien dont il faudrait suspendre l'application au Québec, il y aurait bien des revendications québécoises à faire valoir qui permettraient au Bloc de soutenir le gouvernement en place en échange d'une ouverture significative au Québec. Au-delà de la crise financière actuelle, qui aussi fondamentale soit-elle, ne devrait pas monopoliser l'attention des leaders politiques, de telles mesures rappelleraient que le Bloc n'est pas d'abord le relais québécois du progressisme canadien mais bien le relais fédéral du nationalisme québécois. Mais le Bloc préfère désormais signer un chèque en blanc au père de la loi C-20 et porter un trudeauiste non repenti au poste de premier ministre. Désormais, qui vote Bloc vote Dion.

Il ne s'agit pas, dans une telle crise, de prêter un serment d'allégeance à un parti ou à un autre, mais de faire alliance avec celui qui, au-delà des clivages entre la gauche et la droite, sert le mieux le Québec. À un moment où l'indépendance n'est ni à portée de main ni à portée de longue vue, le Bloc ne devrait pas aggraver la situation et laisser ses préjugés idéologiques soutenir une coalition centralisatrice. Si tel était le cas, les nationalistes seraient en droit de constater la trahison d'un parti qui s'est disqualifié pour de bon dans la défense des intérêts du Québec.

L'auteur est candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM.

 




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