Depuis 2003, le gouvernement libéral de Jean Charest a augmenté et intensifié l'apprentissage de l'anglais langue seconde pour les élèves québécois. Prétextant une ouverture sur le monde ou sur le futur, il a notamment fait débuter l'apprentissage de cette seconde langue dès la première année du primaire, puis il a récemment ajouté l'anglais intensif pour tous en sixième année.

Martin Lavallée<br><i>L'auteur est étudiant en histoire. Il réside à Montréal.</i> CYBERPRESSE

Faisant fi de la nécessité pour les élèves de bien apprendre leur langue première, le français, avant de se lancer à pieds joints dans l'apprentissage d'une seconde langue, ce gouvernement a clairement démontré son parti pris pour la langue anglaise comme langue du futur de la société québécoise. Et ce, quitte à compromettre l'identité francophone du Québec, baigné dans une mer anglo-saxonne.

Mais en plus de compromettre l'avenir de la nation québécoise par une telle intensification de l'anglais, ce gouvernement ne semble pas se questionner sur le bien-fondé du tout à l'anglais qu'il nous sert depuis le début de son règne sur le Québec.

Pourquoi, en 2011, imposer à tous les élèves l'apprentissage unique de l'anglais comme langue seconde? Restreindre l'ouverture sur le monde de la jeunesse québécoise à la seule langue anglaise constitue plutôt une fermeture, alors que ce même monde comporte une multitude d'autres langues et de cultures dont certaines sont aussi nécessaires et riches que l'anglais. Elles mériteraient également d'être enseignées dans nos écoles québécoises.

Même dans le cas où l'école québécoise construirait son cursus en fonction du seul prisme économique, elle ne serait pas justifiée d'enseigner uniquement l'anglais langue seconde à nos élèves, car celle-ci n'est plus la seule langue nécessaire à l'heure actuelle.

Qui n'est pas au fait que le mandarin, l'arabe, l'hindi, l'espagnol, le portugais et d'autres encore sont des langues indispensables pour fonctionner dans le monde économique moderne? Certaines commencent déjà à détrôner l'anglais comme langue principale dans divers secteurs. L'apprentissage de ces diverses langues par les citoyens de demain constituera un enrichissement pour l'ensemble de la collectivité québécoise qui sera à même de communiquer dans leur langue avec ces diverses cultures dispersées sur le globe.

Mais comme le rôle de nos écoles n'est pas d'être un simple rouage du système économique dominant, mais plutôt de former des citoyens informés, instruits et épanouis, elle est encore plus justifiée de diversifier son offre de cours de langue seconde afin d'enrichir personnellement chaque étudiant québécois.

Les différents peuples occidentaux, en particulier les Québécois, se font imposer la culture anglo-américaine à travers les monopoles qui se sont créés dans les différents secteurs de la culture. L'école ne doit pas faire pareil en imposant l'anglais langue seconde à tous. Ainsi, elle devrait plutôt laisser le choix à chaque élève de s'ouvrir sur la langue et la culture de son choix. Toutefois, comme l'école ne peut se permettre d'offrir toutes les nombreuses langues aux élèves québécois, elle devrait choisir entre quatre ou cinq langues jugées importantes dans le monde actuel et riches du point de vue culturel. L'espagnol, l'arabe, l'anglais, le mandarin, le portugais, l'allemand, l'italien ou le russe sont toutes des langues - et ce faisant des cultures - qui pourraient figurer parmi la liste offerte aux étudiants. Ainsi, les parents, de concert avec leurs enfants, pourraient choisir la langue seconde qu'apprendra leur enfant parmi le choix offert, plutôt que de se faire imposer l'anglais comme unique langue seconde.

Pourquoi priverait-on un étudiant d'apprendre le mandarin ou alors l'espagnol si c'est ce qui l'intéresse plutôt que l'anglais? Les élèves devraient ainsi avoir le choix de s'ouvrir sur la langue et la culture qu'ils désirent et c'est en ce sens que l'école québécoise se doit de diversifier son choix de cours de langue seconde.

Puis il ne faut jamais perdre de vue qu'il s'agit de l'apprentissage d'une langue seconde, faisant référence au fait qu'il y a une langue première. Or, au Québec, cette langue première est le français, langue tout aussi riche culturellement et indispensable dans le monde moderne.

Avant de s'ouvrir à une autre langue et une autre culture, nous devons nous assurer que les étudiants québécois maîtrisent bien leur propre langue et connaissent bien leur propre culture. C'est donc en ayant en tête que l'apprentissage d'une langue seconde par l'élève québécois ne doit en rien compromettre la bonne maîtrise de sa langue première, qui est la langue française.