Les idées que défend le député fédéral Maxime Bernier ont tout à fait leur place sur la scène politique. En démocratie, le Parlement devrait être le reflet de la société et représenter différents courants d'idées. C'est d'autant plus vrai que le sentiment d'exclusion ou de sous-représentation de certaines idées ébranle la confiance de plusieurs citoyens dans la démocratie, perçue comme distante et étrangère à leurs préoccupations.

Philippe Bernier Arcand. L'auteur est un doctorant en sociologie à l'UQAM. Il réside à Ottawa. CYBERPRESSE

En revanche, ce qui est inquiétant, c'est la façon dont il défend ses idées. En écrivant dans La Presse du 23 juillet que «en tant qu'élu, il représente la population dans son ensemble, et non les groupes d'intérêts et les élites qui peuvent se faire entendre facilement», et en justifiant ses prises de positions par le pourcentage majoritaire de Québécois qui y sont en accord selon un sondage, il risque de décrédibiliser ses idées en tombant dans l'anti-élitisme.

Il est louable de la part d'un politicien de dire qu'il ne souhaite pas uniquement entendre la voix des élites, mais celle de l'ensemble de la population. Il est légitime d'attendre des élus qu'ils n'oublient pas que la société tout entière doit au peuple dans sa diversité. En démocratie, il y a danger à se représenter la parole populaire comme dangereuse. En revanche, la réflexion ne doit pas s'arrêter là. On doit aussi se demander s'il n'existerait pas le danger inverse qui consisterait à dire que rien n'est mieux que la parole des «vrais gens», des «citoyens ordinaires» ou de la «majorité silencieuse». Il ne s'agit pas de minimiser la rupture entre le peuple et ses élites, mais de se demander si la solution se trouve dans l'antiélitisme.

Le rôle du politicien

Un politicien devrait avoir le courage de dire que le peuple ne détient pas plus la vérité que les autres. C'est la grande faiblesse des populistes qui, trop souvent, pensent que c'est dans le populaire qu'on trouve la vérité. On ne trouve la vérité ni dans le populaire, ni dans les élites. Dans cette même logique, il ne faudrait pas non plus tomber dans un élitisme primaire et dangereux qui consisterait à croire que la vérité se trouve chez les élites. Bien évidemment, rien n'indique que les élites ont toujours raison. L'histoire nous a enseigné que les élites n'ont pas mieux résisté que quiconque aux mobilisations nationalistes et totalitaires.

Il faut également se demander quel est le rôle du politicien, défendre l'opinion du peuple ou défendre l'intérêt général? Son rôle est-il de répondre aux demandes des citoyens ou à leurs besoins? Avec l'anti-élitisme, qui mise sur un ressentiment du peuple contre les élites, on assiste à une dénonciation de l'establishment, à une mentalité du «nous contre vous», ce qui fait tout sauf donner une bonne image à la politique. C'est toutefois sans doute payant politiquement puisque cela permet de diviser les citoyens. En revanche, on est loin du courage politique qui viserait plutôt à défendre l'intérêt général.

Les sondages ne devraient pas être un pilier du processus décisionnel politique. Bien qu'une dépendance aux sondages puisse paraître assez démocratique, elle est en fait très dangereuse en raison des fréquents changements d'humeur de la population et de son manque de connaissance dans de nombreux dossiers. Qui plus est, un politicien qui justifie ses prises de positions politiques avec les sondages rend son rôle inutile. Le rôle du politicien est de conduire l'opinion et non de la suivre. Après tout, bâtir une politique à partir des seuls désirs de ses électeurs, n'est-ce pas ce qui est plus communément appelé de la démagogie?