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Cocktail pour une agriculture verte

Alors que la planète continue à subir les contrecoups de trois crises... (Photo AFP)

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Éric Darier

Alors que la planète continue à subir les contrecoups de trois crises simultanées, la crise financière, l'augmentation des prix alimentaires et les changements climatiques, Gerry Ritz, le ministre fédéral de l'Agriculture, s'apprête à participer à la réunion du G8 qui aura lieu à la fin de la semaine à Treviso, en Italie.

La question qui devrait être sur toutes les lèvres : comment s'assurer que les agriculteurs du monde continuent de produire suffisamment de nourriture pour tous, et d'une façon écologiquement durable? Là est la question. Les trois crises menacent la réalisation de cet objectif. Les changements climatiques perturbent déjà la production. L'agriculture industrielle contribue chaque année à l'émission de milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère. La crise financière menace les investissements publics en agriculture. Globalement, les prix des denrées n'ont pas baissé d'une manière éloquente par rapport à leur sommet de 2008 et le monde est au bord d'un autre bond des prix et de l'expansion de la famine parmi les plus pauvres.

Le statu quo n'est plus une option

La récente Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD étant l'acronyme en anglais) mise sur pied par la Banque mondiale et l'Organisation des Nations-Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), fournit justement un cocktail de réflexion pertinentes pour la rencontre des ministres qui doivent assurer un développement écologiquement durable de l'agriculture. Cette évaluation internationale (IAASTD), fruit du travail de 400 scientifiques provenant de partout sur la planète, s'est penchée sur le rôle des sciences et des technologies agricoles pour réduire la faim et la pauvreté.

L'IAASTD conclut que les pratiques agricoles qui ont permis l'augmentation des rendements au 20e siècle menacent la fertilité des sols, les ressources en eaux, la biodiversité agricole et le climat. Le Programme des Nations-Unies pour l'environnement (PNUE) a récemment publié un rapport sur la crise alimentaire environnementale (The Environmental Food Crisis) dans lequel on prévient que d'ici 2050, la production alimentaire sur la planète pourrait diminuer de 25 % à cause des déséquilibres écologiques.

La conclusion de l'IAASTD est très limpide: « Le statu quo n'est plus une option.» Plus près de nous, au Québec, le rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire au Québec tirait la même conclusion.

Les impacts environnementaux de l'agriculture industrielle, menacent désormais la pérennité de la production alimentaire. Mettre l'accent sur des augmentations de rendements, sans tenir compte des conséquences environnementales, va diminuer la capacité des agriculteurs à nourrir la planète. Malheureusement, le Canada, ainsi que les États-Unis et l'Australie, sont les seuls pays qui refusent toujours de signer le rapport de l'IAASTD.

Pour une agriculture verte

Les chefs mondiaux doivent se préoccuper des conséquences environnementales négatives croissantes que génère l'agriculture. On ne doit plus seulement cibler la productivité agricole, mais aussi investir dans des pratiques qui soient écologiquement durables. On doit également permettre aux petits agriculteurs de continuer à produire.Comme l'IAASTD l'indique, on peut concevoir des politiques publiques afin « d'aider l'agriculture à s'adapter au manque d'eau, de garantir l'approvisionnement alimentaire mondial, de maintenir les écosystèmes et de fournir aux pauvres en milieu rural des conditions d'existences qui soient durables.»

Pour prendre cette direction, l'adoption de politiques publiques qui fait la promotion des pratiques agricoles écologiques sera nécessaire, telle que le paiement aux agriculteurs pour le maintien des écosystèmes ou une taxe sur le carbone, sur les produits agrochimiques et sur l'eau. Les gouvernements devraient encourager les agriculteurs à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, en encourageant des pratiques écologiques comme l'utilisation d'engrais de source renouvelable plutôt que de choisir des fertilisants synthétiques à haute teneur énergétique.

Les politiques agricoles devraient encourager des mesures d'atténuation des GES et en même temps faire la promotion de systèmes agricoles qui sauront résister aux dérèglements du climat. Adopter les pratiques de l'agriculture écologique devient plus que jamais essentiel. Par exemple, en augmentant la capacité du sol à séquestrer le carbone, on favorise aussi l'absorber d'eau par le sol et ainsi, à mieux résister à la sécheresse.

Les ministres de l'Agriculture du G8 qui vont se rencontrer en Italie devraient aussi embrasser la perspective agroécologique de l'IAASTD. Celle-ci représente de loin la meilleure méthode de garantir des aliments pour tous.

Greenpeace ne peut qu'espérer que le ministre canadien de l'Agriculture profitera de cette réunion du G8 pour ajouter le Canada à la liste des pays qui ont cosigné le rapport de l'IAASTD. Quant au premier ministre Jean Charest, il devrait immédiatement adopter les bonnes recettes du rapport Pronovost, ainsi que celles du rapport de Michel Saint-Pierre, deux ingrédients essentiels qui constitueraient une première étape vers une agriculture plus écologique.

L'auteur est directeur de Greenpeace au Québec.




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