Le conflit en Syrie déstabilise sérieusement la Turquie, en partie à cause de la politique d'Ankara.

Publié le 3 juill. 2016
Kyle Matthews

L'aéroport Atatürk d'Istanbul vient d'être frappé par un attentat terroriste, sinistre rappel que les crimes contre les civils sont malheureusement devenus la norme dans de nombreuses régions du monde ! Les groupes extrémistes, qui refusent de se conformer au droit de la guerre, commettent à intervalles de plus en plus rapprochés des attaques meurtrières dans toute l'Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord.

Aucun groupe ne s'est encore déclaré, mais le gouvernement turc rejette la faute sur le groupe armé État islamique (EI). Le massacre de l'aéroport d'Istanbul ressemble sinistrement à celui perpétré par ce dernier à l'aéroport de Bruxelles en mars dernier.

Nous savons que les auteurs de l'attaque d'Istanbul ont pris un taxi jusqu'à l'aéroport, puis ont essayé de franchir les barrières de sécurité à l'intérieur de l'aérogare, mais ont été arrêtés par les agents. Une fusillade a éclaté et la violence n'a cessé que lorsque les kamikazes ont fait sauter leur ceinture d'explosifs. On déplore quelque 40 morts et 240 blessés.

Dans l'attente de la diffusion d'une preuve officielle et d'une enquête approfondie des autorités turques, d'aucuns peuvent s'interroger sur la logique d'une attaque dans un aéroport. Pour les extrémistes, la réponse est fort simple. C'est une méthode facile de nuire considérablement au tourisme et au monde des affaires. L'aéroport est le noeud qui lie physiquement une ville et un pays au monde entier. Ces attentats terroristes meurtriers créent une psychose chez les Turcs, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, qui craindront d'utiliser l'aéroport, entraînant de ce fait des problèmes politiques, sociaux et économiques.

Perçue autrefois comme un pays stable, la Turquie fait dorénavant face à une menace qui, loin de s'estomper, ne cesse de croître.

En 2016 seulement, la Turquie a été victime de six autres tueries. Alors que certaines ont été commises par des militants kurdes par suite de la dégradation du conflit civil entre le gouvernement turc et la minorité kurde, d'autres sont le fait du groupe armé État islamique, qui contrôle une grande partie de la Syrie et de l'Irak.

ATTENTION AUX MONSTRES QUE L'ON CRÉE

Sur quelle voie le président Erdogan de Turquie a-t-il mené son pays ? Le conflit en Syrie déstabilise maintenant sérieusement la Turquie, en partie à cause de sa politique. Nous savons que la Turquie fournit des armes et d'autres formes de soutien au groupe armé État islamique dans le nord de la Syrie, afin de combattre la minorité kurde de la Syrie et de renverser Bachar al-Assad.

En 2015, l'EI a perpétré trois attaques terroristes en Turquie contre la minorité kurde et les pacifistes : au total, 140 morts et plus de 900 blessés. Avec la détérioration de la sécurité en Turquie, les leaders politiques de ce pays devraient réfléchir au concept de « contrecoup ». 

Dans les années 80, Les États-Unis, de connivence avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, ont lâché des vagues de combattants djihadistes en Afghanistan pour lutter contre l'Union soviétique. Or, à la fin du conflit et après le retrait de l'armée soviétique, les extrémistes ne sont pas rentrés dans leur pays d'origine une fois que l'Afghanistan a été « libéré ». Ils sont restés sur place, profitant du vide politique pour transformer le pays en un vaste terrain de jeu pour les groupes djihadistes du monde entier, y compris Al-Qaïda.

Attention aux monstres que l'on crée. Aujourd'hui, ils peuvent être votre allié ; demain, ils seront une menace pour l'humanité.