J'étais jeune journaliste au Droit d'Ottawa, dans les années 60, quand a été créé le Conseil de presse du Québec. Nous considérions tous, patrons et syndiqués confondus, que c'était là une innovation capitale et ô combien salutaire. Cinquante ans plus tard, je ne suis plus prêt à dire la même chose.

Claude Picher

Dimanche soir, en regardant Tout le monde en parle, j'ai appris à ma grande stupéfaction que le journaliste Alain Gravel a reçu un blâme du Conseil de presse. Pas Alain Gravel! J'ai connu Alain jeune journaliste à CKAC il y a 30 ans, et déjà, il en imposait par sa rigueur intellectuelle et son sens élevé du professionnalisme. Jamais, depuis ce temps, je n'ai vu Alain s'écarter des normes journalistiques les plus strictes. D'ailleurs, à TLMEP, il n'a eu besoin que de quelques minutes pour replacer les choses dans leur contexte et planter royalement les bonzes du Conseil de presse.

Ce qui m'étonne surtout, c'est la question assez stupide de Guy A. Lepage, sous-entendant que le blâme du Conseil pouvait nuire à la crédibilité d'Alain Gravel. Guy A., Guy A., vous n'avez aucune idée du discrédit qui frappe le Conseil de presse dans les salles de rédaction du Québec.

J'ai été journaliste pendant 45 ans et j'ai moi-même reçu un blâme du Conseil, il y a de cela quelques années. Pourquoi? Parce que j'ai dénoncé dans une chronique la culture de vandalisme, de violence et d'intimidation du Syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal. J'ai été blâmé parce que j'ai écrit cela, et je cite ici l'auguste tribunal d'honneur du Conseil, «sans que cela soit démontré ou prouvé». Difficile d'être plus déconnecté de la réalité! Inutile d'ajouter que cette décision a été reçue avec un immense éclat de rire dans la salle de rédaction.

Alain Gravel a été blâmé pour un reportage mettant en cause Claude Blanchet, surtout connu comme ex-président du Fonds de solidarité FTQ. Décision après décision depuis 50 ans, le Conseil de presse penche toujours du même bord: touchez pas aux syndicats! Quoi qu'en pense l'animateur de TLMEP, ce n'est pas la crédibilité d'Alain Gravel qui est en cause ici. C'est le Conseil de presse qui vient d'enfoncer un autre clou dans le cercueil de sa propre crédibilité.