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Il nous faut une vision

La fin des vaches sacrées - Réflexions sur l'avenir...

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La fin des vaches sacrées - Réflexions sur l'avenir du Québec (Éditions La Presse)

Claude Castonguay

Ministre de la Santé et des Affaires sociales dans les années 1970

Le Québec traverse une période de grands changements propice à l'implantation de réformes majeures, écrit Claude Castonguay, ministre de la Santé et des Affaires sociales dans les années 1970 et auteur de La fin des vaches sacrées - Réflexions sur l'avenir du Québec (Éditions La Presse)

Une nouvelle ère

Le monde est entré dans une nouvelle ère de changements profonds et de bouleversements en voie de transformer l'ensemble de la planète. Nous vivons dans un contexte bien différent de tout ce que le monde a vécu dans le passé. Personne n'y échappe et ne peut éviter de s'y engager, ce qui implique des choix nouveaux et difficiles.

L'orientation générale que nous devons prendre est claire. Dans le contexte de la mondialisation et des changements dans tous les domaines, nous devons poursuivre notre route dans la voie tracée par ceux qui nous ont précédés, mais en regardant résolument vers l'avenir.

Au lieu de nous diviser sur notre statut politique au sein ou à l'extérieur du Canada, nous avons la responsabilité de nous concentrer sur le genre de société dans laquelle nous voulons vivre et que nous allons léguer aux jeunes en voie de prendre la relève.

Nous avons besoin d'une vision d'un monde meilleur capable de rallier une solide majorité de la population qui a soif de changement. Une telle vision constitue, bien sûr, un idéal que nous n'atteindrons possiblement jamais. Mais nous avons besoin d'une vision vers laquelle tendre. Ce n'est qu'ainsi qu'il deviendra possible d'établir des objectifs durables et de fixer des priorités au-delà du court terme.

L'atteinte de l'équilibre budgétaire, dont le rythme est dicté par les marchés financiers, n'est pas un projet de société. C'est un signal qu'il faut de façon impérieuse mettre de l'ordre dans nos finances publiques. D'autant plus qu'un contrôle trop prolongé et rigide des dépenses publiques pourrait nous enfoncer de nouveau dans une récession dont les effets seraient destructeurs.

Confrontés à une telle situation, nous devrions nous inspirer de ce qui a été fait dans le passé dans des situations qui semblaient sans issue. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Ils montrent qu'un changement de cap doit nécessairement être appuyé par la population, qui y voit une source d'espoir.

«Notre mauvaise utilisation de l'électricité va à l'encontre des objectifs environnementaux et prive le gouvernement de revenus importants.»


Réaliser le potentiel d'Hydro-Québec

Le gouvernement Couillard propose pour redynamiser le Québec avec le Plan Nord, dont le potentiel est largement tributaire de la demande extérieure en ressources naturelles, une stratégie maritime qui reste à définir et un programme d'aide financière aux PME. 

Cet ensemble plutôt timide n'apparaît guère susceptible de créer un élan fortement appuyé au sein de la population. Nous sommes loin d'une stratégie qui donne un espoir crédible, comme ce fut le cas, par exemple, avec le lancement des travaux à la baie James ou la stratégie des grappes industrielles.

Or, nous sommes les propriétaires d'une immense capacité de production d'électricité au moyen d'une ressource renouvelable et non polluante. Nous sommes loin, toutefois, de mettre cette extraordinaire richesse en pleine valeur au profit de l'ensemble des Québécois. Au contraire, le monopole qu'exerce Hydro-Québec est un intouchable dont la mission première, établie il y a 50 ans, est dépassée.

Voilà un projet dans lequel nous devrions nous engager: que le plein potentiel d'Hydro-Québec soit mis en valeur pour le bienfait de notre économie et des Québécois.

Nous avons su lancer les ambitieux projets de la Manicouagan et de la baie James et montrer de façon impressionnante notre savoir-faire. Cet élan vers l'avant, provoqué par René Lévesque au sein du gouvernement Lesage, avait pour but de rendre l'électricité accessible à l'ensemble des Québécois dans toutes les régions. Hydro-Québec est rapidement devenue un symbole, une véritable vache sacrée, qui a fait la fierté des Québécois du temps du slogan «On est 12 012 pour assurer votre confort».

Nouvelles missions

Avec le passage du temps, d'autres missions lui ont été confiées. D'abord la création d'emplois, subventionnés par Hydro-Québec, dans des entreprises telles que les alumineries. Puis, à la demande des gouvernements successifs, Hydro-Québec s'est engagée dans la création de minicentrales qui ne semblent en mesure de survivre qu'avec l'aide de subventions.

Enfin, elle s'est lancée dans le développement de parcs éoliens dont la production à grands frais semble excédentaire. La production d'électricité de ces deux sources coûte extrêmement cher aux Québécois pour la création, en définitive, d'un nombre limité d'emplois.

Il existe, pour l'avenir prévisible à l'extérieur du Québec, une forte demande d'électricité à des prix élevés. La situation serait idéale pour faire en sorte qu'Hydro-Québec se voit confier la mission de mettre pleinement en valeur notre immense potentiel hydroélectrique et en faire un générateur de revenus dont bénéficieraient tous les Québécois.

Présentement, les consommateurs québécois paient leur électricité selon des tarifs nettement inférieurs à ceux du marché. Ces bas tarifs favorisent notamment une surconsommation par les plus gros utilisateurs et les entreprises.

Cette mauvaise utilisation de l'électricité va à l'encontre des objectifs environnementaux et prive le gouvernement de revenus importants. Si les tarifs étaient les mêmes qu'en Ontario, on a calculé qu'il en résulterait des revenus additionnels pour le gouvernement de l'ordre de trois à quatre milliards de dollars. L'ensemble des Québécois bénéficierait de ces revenus additionnels.

La mise en oeuvre d'un tel projet nécessiterait l'adoption d'un ensemble de mesures. La hausse des tarifs devrait être étalée sur une période de quelques années afin de permettre que les ajustements nécessaires se fassent de façon ordonnée pour les consommateurs. En outre, elle ne serait évidemment acceptable que moyennant une réduction correspondante des impôts des particuliers.

Réduire de la dette

Pour le gouvernement, les capitaux reçus des investisseurs institutionnels seraient affectés au remboursement d'une partie de la dette publique du Québec, ce qui entraînerait une baisse des paiements d'intérêt payés par le gouvernement. L'impact de cette réduction sur le service de la dette pourrait être significatif.

Si on fait l'hypothèse que la valeur d'Hydro-Québec, selon sa nouvelle mission, serait égale à la moitié de la dette publique, ce qui est plausible, une prise éventuelle de participation par les investisseurs institutionnels de 10% dans la société d'État aurait pour effet de réduire la dette d'environ 5%. Comme le service de la dette s'élève à environ 11 milliards de dollars pour l'année en cours, la dépense en intérêts du gouvernement pourrait ainsi être réduite de plus d'un demi-milliard par année.

Selon ce concept, Hydro-Québec demeurerait exclusivement propriété des Québécois. Notre potentiel hydroélectrique serait mis pleinement en valeur au bénéfice de l'ensemble des Québécois. Le projet réduirait les dépenses en intérêts du gouvernement et accroîtrait ainsi sa marge de manoeuvre. La présence de représentants des investisseurs institutionnels au conseil d'administration pourrait avoir un effet positif. Les tarifs plus élevés payés par les contribuables seraient compensés par une baisse équivalente des taxes et impôts des particuliers. Et, tout aussi important, les citoyens ne subiraient aucune réduction de service.

Santé : une réforme inspirée de l'URSS

Avec son style particulier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a présenté à l'Assemblée nationale deux projets de loi pour lancer sa conception des changements nécessaires à notre système de santé.

Au lieu de se servir des leçons découlant des changements apportés avec succès à l'extérieur, ses projets de loi s'inspirent des régimes de pays comme la Chine et l'URSS. Ils procèdent d'une pensée autoritaire hiérarchique, une orientation vouée à l'échec. Le ministre se donne tous les pouvoirs et tout procède du haut de la pyramide vers le bas, où se situe le pauvre patient. Simplement à titre d'exemple, c'est le ministre qui va nommer les directeurs généraux et leurs adjoints et décider des structures administratives des hôpitaux.

On ne peut pourtant ignorer la faillite de ces pays en matière de santé. En URSS, entre la fin de la guerre et la chute du mur de Berlin, l'espérance de vie a diminué alors qu'elle a augmenté de façon spectaculaire dans les pays occidentaux. Le ministre Barrette ne réalise pas qu'il est impossible de centraliser dans ses mains la gestion d'un système aussi vaste et complexe que celui de la santé.

Si ses projets de loi sont adoptés, notre système de santé va à la fois se politiser et s'enfermer dans une bureaucratie stérile.

Ce qui ne peut qu'avoir pour effet de déresponsabiliser et de démotiver ceux qui, à un titre ou à un autre, travaillent dans des conditions déjà difficiles à prodiguer les soins dont la population a besoin.

Condamnée à l'échec

Le ministre veut forcer les omnipraticiens à produire davantage sous peine de sanctions. Cette manière forte de faire est sans l'ombre d'un doute condamnée à l'échec. Le ministre ne tient aucunement compte du nombre grandissant de femmes qui pratiquent la médecine selon des modèles de travail différents des habitudes traditionnelles des hommes. De plus, les omnipraticiens se plaignent de devoir consacrer de nombreuses heures chaque semaine dans des activités hospitalières. Ces exigences hors de la première ligne de soins - dans les urgences, les activités médicales particulières et dans les CHSLD - doivent être allégées. Les médecins spécialistes devront assumer une part plus équitable de ces tâches dont ils se sont délestés dans le passé sur le dos des omnipraticiens.

Étant donné l'opposition généralisée devant la teneur de ces projets, il est impossible de comprendre pourquoi le premier ministre n'intervient pas. Lui qui a la chance unique de réformer notre système de santé et de passer à l'histoire va être associé à une autre étape de son déclin. Les Québécois n'accepteront pas indéfiniment de ne pas recevoir les services auxquels ils ont droit. Tout comme dans les pays totalitaires, ils vont obtenir les services nécessaires de la part de médecins désengagés, par favoritisme et au moyen d'expédients de toutes sortes. Ce processus est d'ailleurs malheureusement déjà engagé.




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