Un monde devenu fou

La guerre en Ukraine rapproche un peu plus... (Photo Bulent Kilic, Agence France-Presse)

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La guerre en Ukraine rapproche un peu plus le monde du désastre, selon l'auteur.

Photo Bulent Kilic, Agence France-Presse

Jeffrey D. Sachs

Directeur du Earth Institute de l'Université de Columbia et conseiller spécial auprès du Secrétaire général des Nations Unies.

En cette année de centenaire de l'explosion de la Première Guerre mondiale, nous voici confrontés à une escalade de violences, d'impostures et de cynisme, du type de ceux qui entraînèrent précisément le monde vers le désastre de 1914, à partir des régions mêmes qui étaient concernées à l'époque.

La Première Guerre mondiale a débuté selon une mentalité précise, consistant à considérer les moyens militaires comme autant de solutions aux problématiques sociales et politiques pressantes d'Europe centrale. Elle démontra plutôt, de manière tragique, combien la philosophie concevant la guerre comme une «simple continuation de la politique par d'autres moyens» - selon la définition de Clausewitz - perdait tout son sens à l'époque moderne. À l'ère industrielle, la guerre ne peut entraîner que tragédies, désastres et dévastation. Elle ne constitue en rien une continuation de la politique, mais bien la conséquence de son échec.

La Première Guerre mondiale fit disparaître quatre régimes impériaux. Non seulement causa-t-elle plusieurs millions de morts, mais elle laissa derrière elle tout un héritage de révolutions, de faillites d'États, de protectionnisme et provoqua cet effondrement financier qui donnera lieu plus tard à l'ascension d'Hitler, à la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu'à la Guerre froide.

Nous sommes encore aujourd'hui confrontés aux chocs provoqués par ces évolutions. Ce territoire pluriethnique, pluriétatique et multireligieux qu'était autrefois l'Empire ottoman demeure en proie à des conflits qui s'étendent de la Libye à la Palestine et à Israël, en passant par la Syrie et l'Irak. La région des Balkans reste fragile et politiquement divisée.

L'ancien empire russe connaît également une agitation croissante, dans le cadre d'une sorte de réaction à retardement à l'effondrement de l'Union soviétique, en 1991. En Asie de l'Est, les tensions entre la Chine et le Japon constituent une menace de plus en plus sérieuse.

De même qu'en 1914, l'orgueil et l'ignorance des dirigeants les conduisent à faire usage de la force sans même avoir envisagé une perspective réaliste de résolution des facteurs politiques, économiques, sociaux ou écologiques sous-jacents qui ont en premier lieu suscité ces tensions. Trop de gouvernements se perdent dans une approche consistant à faire feu d'abord, pour ne réfléchir qu'ensuite.

Songez aux États-Unis. Leur stratégie de base a jusqu'à présent consisté à déployer troupes, drones et bombardiers en tous lieux susceptibles d'entraver l'accès de l'Amérique au pétrole, d'héberger des fondamentalistes islamiques ou de créer quelque autre difficulté - de type piraterie au large de la côte somalienne - à l'endroit des intérêts du pays. Loin de résoudre la moindre problématique, cette démarche ne fait qu'engendrer un chaos susceptible d'étendre encore davantage les frontières de la guerre.

Le comportement russe ne saurait davantage être salué. Pendant plusieurs années, la Russie a légitimement invoqué le droit international pour dénoncer les violations perpétrées à cet égard par les États-Unis et l'OTAN au Kosovo, en Irak, en Syrie et en Libye. Mais voici que le président Poutine s'est résolu à prendre pour cible l'Ukraine, craignant de voir le pays tomber sous la coupe de l'Europe, se montrant soudainement silencieux quant au respect du droit international.

Dans ce contexte, le destin du vol MH17 de la Malaysia Airlines apparaît terrifiant non seulement par sa brutalité, mais également par ce qu'il représente d'un monde devenu fou. Ainsi, la guerre de Poutine en Ukraine a d'ores et déjà ravi plusieurs centaines de vies innocentes, et rapproché un peu plus le monde du désastre.

Il y a 100 ans, les belligérants d'Europe et d'Asie ne pouvaient se tourner vers le Conseil de sécurité de l'ONU ou encore l'Assemblée générale des Nations unies, autant d'institutions au sein desquelles la diplomatie, bien plus que la guerre, peut constituer la véritable continuation de la politique. Nous avons la chance de pouvoir bâtir la paix au travers d'une institution internationale créée dans l'espoir qu'une guerre mondiale ne survienne jamais plus.

© Project Syndicate




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